Guinée équatoriale – Miguel Engonga Obiang Eyang : « Il nous faut trouver de nouvelles stratégies de financement »

Par Jeune Afrique

Miguel Engonga Obiang à Malabo, le 8 mai 2017. © Guinea Digital

Le plan de réajustement a permis de réduire les dépenses. Pour le ministre des Finances et du Budget, l’urgence est désormais de mobiliser les partenaires pour accélérer la diversification.

Le déclin des cours des hydrocarbures, mi-2014, a eu un impact dévastateur sur l’économie du pays. Alors que le taux de croissance était déjà en berne (– 0,5 % en moyenne sur la période 2010-2014), il a chuté de manière très brutale, à – 7,4 % en 2015 et jusqu’à – 9,9 % en 2016, selon les estimations du FMI. Un léger mieux est attendu pour 2017, avec une projection de – 5,8 %, qui pourrait même s’améliorer aux alentours de – 3,5 % si la stratégie engagée l’an dernier pour redynamiser le secteur privé et donner corps à la politique de diversification porte ses fruits : amélioration du climat des affaires, relance des secteurs clés de la pêche et de l’agriculture, qui avaient été marginalisés, mise en place des conditions de développement des activités tertiaires, en particulier dans le tourisme, etc.

Le taux de croissance ne devrait cependant pas redevenir positif avant 2020-2021. Pourtant, le gouvernement avait dès 2015 procédé à un ajustement budgétaire. Il a revu les dépenses à la baisse, notamment en réduisant les subventions et, surtout, l’investissement public (qui représentait plus de 85 % des dépenses de l’État avant le début de la crise), en gelant les nouveaux projets. Dans le même temps, il s’est efforcé de doper les recettes des secteurs hors hydrocarbures, y compris fiscales. Des mesures salutaires et saluées par le FMI en novembre 2016.

De 3 100 milliards de F CFA (4,7 milliards d’euros), soit 30,7 % du PIB en 2014, les dépenses totales du pays devraient être maîtrisées aux alentours de 1 760 milliards pour l’exercice 2017, soit 28,1 % du PIB, ce qui reste cependant supérieur aux recettes (21,2 % du PIB en 2017). D’où la nécessité de mobiliser des investissements extérieurs, publics et privés, pour financer de nouveaux projets, de nouvelles activités, et relancer les chantiers qui ont été suspendus.

Jeune Afrique : La chute des cours du baril au niveau mondial a entraîné une forte diminution des recettes de l’État et affecté le budget d’investissement. Quelles en sont les conséquences sur le programme d’infrastructures de base ?

Miguel Engonga Obiang Eyang : Ce n’est pas une situation spécifique à la Guinée équatoriale, cela concerne tous les pays exportateurs de pétrole. J’avoue que les conséquences sont très importantes, car le budget d’investissement public a été très affecté. Mais, fort heureusement pour la Guinée équatoriale, nous avions déjà réalisé 80 % à 90 % du programme d’investissement en infrastructures avant que cette crise internationale ne se déclenche.

Cela dit, et c’est normal, il y avait encore des projets en cours, des chantiers, des constructions, etc., qui ont été frappés par cette conjoncture. Nous avons dû travailler avec les sociétés concernées afin de les reprogrammer et d’en revoir les délais d’exécution. Et c’est ainsi que nous continuons aujourd’hui à les financer, en fonction des revenus que nous obtenons.

Nous étions presque arrivés à la phase de diversification de l’économie quand la crise est survenue

Quelle stratégie avez-vous adoptée et quelles sont vos priorités ?

Nous étions presque arrivés à la phase de diversification de l’économie quand la crise est survenue. Nous avons donc poursuivi sur cette lancée, mais en donnant la priorité au secteur social [santé, éducation, accès à l’eau, à l’électricité, etc.], pour lequel nous avons mobilisé des fonds.

Aujourd’hui, nous avons encore des projets clés à développer dans ce domaine afin de compléter cette première phase. Le programme de diversification suit son cours, mais il se trouve parfois confronté à la difficulté de trouver des partenaires privés. Nous avons en l’occurrence quelques projets dans le domaine de la pêche, de l’agriculture et du tourisme.

Les pays de la Cemac sont en train de négocier avec le FMI des programmes d’ajustement budgétaire. Où en sont les discussions concernant la Guinée équatoriale ?

La chute des cours mondiaux des hydrocarbures a entraîné une diminution de 70 % à 80 % des recettes budgétaires des États, ce qui a dégradé le niveau de leurs réserves extérieures. Cette situation a occasionné une réunion extraordinaire des chefs d’État de la Cemac à Yaoundé [fin décembre 2016], au cours de laquelle ces derniers ont pris des mesures de redressement économique.

Le problème qui nous reste à résoudre est de trouver des stratégies pour le financement des investissements

Une partie de celles-ci concerne effectivement des ajustements budgétaires. Certains États étaient déjà bien avancés sur ce terrain. D’autres, en revanche, avaient besoin de l’accompagnement des institutions internationales. Une vingtaine de jours avant ce sommet de Yaoundé, nous avions reçu une première mission du FMI, qui était venue pour faire un diagnostic de notre situation économique. Nous avons depuis accueilli une deuxième, en mars, juste avant la réunion de la zone franc et des assemblées de printemps du FMI, pour confirmer ces diagnostics.

Des ajustements internes au niveau du budget ont été réalisés – avant même, d’ailleurs, que la mission du FMI n’arrive – et aujourd’hui, le problème qui nous reste à résoudre est de trouver des stratégies pour le financement des investissements. Le 18 mai, une nouvelle mission du FMI est arrivée à Malabo pour entamer des négociations en vue de la possible mise en place d’un programme, soit monétaire, soit d’assistance technique.

Jusqu’à présent, le pays a financé ses investissements sur ressources propres. Va-t-il désormais recourir à des financements extérieurs ?

Même si nous avons des ressources propres, il est également souhaitable de mobiliser des financements extérieurs. Cela permet de mieux gérer, de mieux contrôler les dépenses publiques. Et la question de savoir si nous allons y recourir ne devrait plus se poser, puisque nous avons déjà opté pour cette solution.

Il s’agit plutôt de voir si nous pouvons effectivement trouver des financements extérieurs. Compte tenu de la conjoncture actuelle, nous en cherchons surtout pour compléter et finaliser les projets d’infrastructures qui étaient en cours au moment où les recettes de l’État ont diminué.