RDC : le 15 mars 1997, les combattants de l’AFDL étaient accueillis en libérateurs par les habitants de Kisangani. Notre journaliste se souvient

Une pirogue navigue sur le Fleuve Congo devant la cathédrale de Kisangani, capitale de la province orientale de la RDC, le 9 octobre 2014. © Gwenn Dubourthoumieu / Jeune Afrique

Kisangani, dans le Nord-Est, est tombée deux mois avant la capitale. Notre collaborateur, 13 ans à l’époque, était sur place. Il se souvient.

Ils l’ont fait comme nous les y avons exhortés ! C’est en tout cas ce que nous, les Boyomais, habitants de Kisangani, ressentons ce 17 mai 1997 lorsque nos « libérateurs » entrent dans la capitale, Kinshasa. Presque sans tirer un seul coup de feu. Le Maréchal a fui à Gbadolite la veille, la page de son Zaïre est en train de se tourner. L’euphorie est totale dans les rues de la capitale et de plusieurs autres villes de la nouvelle République démocratique du Congo.

Deux mois plus tôt, le samedi 15 mars, c’est aux cris de « Libérés ! Libérés ! » que nous avions accueillis chez nous, à Kisangani, dans le nord-est du pays, ces mêmes troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). J’avais 13 ans, et j’attendais depuis la veille ce dénouement, chez moi dans le quartier populaire de Tshopo, avec mes parents, oncles et tantes. Le collège Maele, où j’aurais dû être en classe ce jour-là, était exceptionnellement fermé.

Lorsque je suis sorti pour voir nos libérateurs, je me souviens de visages tirés par la fatigue et de silhouettes longilignes se laissant traîner dans de grosses bottes en caoutchouc. Les combattants de Laurent-Désiré Kabila sont, pour la plupart, des Rwandais. À l’époque, personne n’en a cure. L’essentiel est ailleurs : ils ont débarrassé Kisangani, berceau du nationalisme lumumbiste, de tous ces soldats zaïrois qui se pavanaient encore il y a peu dans la ville.

Les soldats zaïrois ont bien pris soin de piller la ville avant de prendre la poudre d’escampette

Appuyés par des mercenaires serbes et par des alliés issus des ex-Forces armées rwandaises (FAR), soutenus dans les airs par les Mi-24, ces crocodiles volants qui vrombissaient nuit et jour au-dessus de nos toits, ils ne sont pas parvenus à lancer la « contre-offensive foudroyante et totale » annoncée. En revanche, rubans blancs sur la tête, ils ont bien pris soin de piller la ville avant de prendre la poudre d’escampette.

Dans les territoires « libérés » souffle alors un vent nouveau. L’espoir renaît. Celui de voir enfin cet immense pays, quatre-vingts fois plus grand que la Belgique, sortir du marasme économique dans lequel il est plongé depuis des années. Les nouveaux maîtres des lieux promettent aussi la démocratie. « Uhuru ! Uhuru ! “Liberté ! Liberté !” » remplace les louanges à la gloire de Mobutu dans les meetings politiques. L’AFDL recourt à des votes à main levée pour permettre aux citoyens de choisir leurs autorités locales.

Populiste, le Mzee nous demande s’il faut, ou pas, discuter avec Mobutu

Laurent-Désiré Kabila nous apparaît dans le stade Lumumba de Kisangani, aux côtés du diplomate algérien Mohamed Sahnoun, envoyé spécial de l’ONU et de l’OUA, en quête d’une issue négociée. Je connaissais son visage, grâce notamment à la télévision. Populiste, le Mzee nous demande s’il faut, ou pas, discuter avec Mobutu. « Avancez ! Avancez ! Kinshasa ! » rétorque-t-on d’une seule voix. Cinquante-six jours plus tard, la capitale tombe entre les mains des rebelles comme un fruit mûr. Mais, depuis, les promesses d’uhuru, de paix et de développement se font toujours attendre.