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Jean-Yves Le Drian et ses nouveaux horizons diplomatiques

Lors d’un déplacement à Dakar, le 11 mai 2014. © Bruno Levy pour JA

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a prévenu que la lutte contre le terrorisme resterait l’une de ses priorités au Quai d'Orsay, comme lorsqu'il était à la tête du ministère de la Défense. Reste à savoir s’il tentera la même approche que sur le continent.

L’homme est taiseux et se méfie de la presse. « Je suis une tombe », répond-il souvent, un sourire en coin, aux indiscrets qui sollicitent une confidence. Pourtant, un soir d’octobre 2014, dans un avion qui le ramenait de Bamako à Paris, il s’est lâché un peu.

À la question : « Vous venez de dîner avec le président malien et vous avez sans doute parlé de l’affaire Tomi [du nom du magnat corse du jeu qui était alors en cour à Bamako], non ? », il nous a répondu : « J’ai le regard du naïf. Je flirte, mais je ne couche pas. Je sais très bien comment [les présidents africains] peuvent m’amener à… Je reste dans mon périmètre de ministre. »

J’ai le regard du naïf. Je flirte, mais je ne couche pas.

Jean-Yves Le Drian, c’est un petit-fils de docker breton d’une grande prudence. Avec le Tchadien Idriss Déby, le Nigérien Mahamadou Issoufou ou le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le président de la région Bretagne sait jusqu’où créer une relation de confiance sans se compromettre. Du grand art.

Rescapé du quinquennat Hollande

Il a effectué un quasi-sans-faute à la tête des armées françaises. Les très longs applaudissements de tout l’état-major lors de sa dernière cérémonie de vœux, en janvier, à Paris, en témoignent.

Ses qualités ? D’abord, un pragmatisme à rebours de toutes les positions dogmatiques du Parti socialiste – dont il est issu –, d’où son choix anti-Hamon et pro-Macron avant le premier tour de la présidentielle. Une décision qui lui vaut aujourd’hui d’être l’un des seuls rescapés du quinquennat Hollande, avec Annick Girardin, dans le premier gouvernement Macron.

Un marchand breton d’aliments pour bétail raconte : « Quand il était député-maire de Lorient et qu’une grève des dockers ou des cheminots bloquait mes livraisons de céréales, je l’appelais discrètement et il donnait des consignes pour que mes marchandises passent. »

Pas bavard, toujours à la recherche du mot juste, l’ancien professeur agrégé d’Histoire de l’université de Rennes ne promet que ce qu’il peut réaliser. En Bretagne, on dit de lui qu’« il est carré ».

Le meilleur ministre de la Défense pour Serge Dassault

Autre atout, sa ténacité. À la Défense, il a gagné deux batailles. D’abord celle du budget de son ministère. Après les attentats de 2015 en France, il a « sauvé » 28 000 emplois dans les armées.

Ensuite, grâce aux commandes d’avions Rafale par l’Égypte, le Qatar et l’Inde et à l’achat de sous-marins par l’Australie, le socialiste a triplé les prises de commandes par rapport à 2012, la dernière année du quinquennat Sarkozy. Ce qui fait dire à l’industriel Serge Dassault, un sénateur de la droite française, qui fabrique les Rafale : « C’est le meilleur ministre de la Défense qu’on ait jamais eu. »

Le Drian restera-t-il le « ministre de l’Afrique », comme le surnomme la presse parisienne depuis quatre ans ? Pas sûr. Désormais, il passera beaucoup plus de temps à Bruxelles ou à New York qu’à Dakar ou à N’Djamena.

Et Sylvie Goulard, la nouvelle ministre des Armées, sera nécessairement la partenaire régulière des chefs d’État du G5, l’alliance militaire qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

Priorité à la lutte antiterroriste

Mais Le Drian prévient : la lutte antiterroriste sera l’une des priorités de sa politique étrangère. « Je vais poursuivre d’une autre manière le combat pour la sécurité des Français », a-t-il déclaré le 17 mai, lors de la passation des pouvoirs au Quai d’Orsay.

Dans la continuité de ce qu’il a fait depuis cinq ans, la construction d’une Europe de la défense sera aussi l’un de ses objectifs communs avec Sylvie Goulard. L’homme, qui aura 70 ans le 30 juin, pensait sans doute partir tranquillement à la retraite. C’est raté.

Pendant les cinq ans où il a sillonné le continent et le Moyen-Orient, le Breton a développé une diplomatie personnelle, « à l’africaine », qui lui a plutôt réussi. Va-t-il tenter la même approche avec ses homologues américains, russes ou chinois ? À suivre.

Réputé pour sa ténacité, il a effectué un quasi-sans-faute à la tête des armées françaises.

 

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