Filière extractive : le business de la certification

Le coltan est l'une des principales exportations minières du Rwanda. © Ariana Cubillos/AP/SIPA

En demandant aux entreprises technologiques d’être transparentes sur leur approvisionnement pour éliminer le risque de blanchiment de « minerais de conflit », l’administration américaine a favorisé la création, depuis 2014, d’un véritable marché : celui de la certification minière.

Dans la région des Grands Lacs, c’est une ONG britannique, l’Itri (ex-Institut international de recherche sur l’étain) qui en détient aujourd’hui le quasi-monopole. Son chiffre d’affaires n’est pas communiqué, mais étant donné la production d’étain dans la région (7 000 tonnes en 2016 selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis), celui-ci a un potentiel d’au moins 1,8 million de dollars (1,6 million d’euros) pour ce seul minerai.

Il y a un véritable commerce de ces tags, qui rend le système incontrôlable

L’Itri délivre en effet des autorisations d’exporter moyennant environ 260 dollars la tonne pour la cassitérite. Elle donne également des « tags » (étiquettes) censés prouver que les minerais n’ont pas profité à des groupes armés. Ceux-ci sont attribués aux concessions minières transparentes sur la base d’une estimation de leur production. Or ces projections ne sont pas toujours conformes à la réalité. « Souvent des tags donnés pour une mine certifiée sont utilisés pour blanchir du minerai venant d’une autre, assure l’entrepreneur français Benjamin Clair. Il y a un véritable commerce de ces tags, qui rend le système incontrôlable ».

Un concurrent, privé et à but lucratif

Cet ancien consultant dans le secteur a donc entrepris de créer un concurrent, privé et à but lucratif, au géant britannique : Better Sourcing Program (BSP), qui a obtenu des financements de l’USaid. Son idée : certifier les filières plutôt que les minerais. Pour cela, il a créé un nouveau type de tags, qui seront scannés et géolocalisés à plusieurs étapes du processus (sortie de la mine, passage de frontière, embarquement au port, etc.). Ce système est déjà en place sur la mine de tungstène de Nyakabingo, exploitée par Tinco, au Rwanda.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici