Quand le gendre de Donald Trump faisait affaire avec le neveu du milliardaire Beny Steinmetz, suspecté de corruption en Guinée

En septembre 2013, à New York, alors qu’il était encore à la tête de Kushner Companies. © Sasha Maslov/REDUX-REA

Le beau-fils (et haut conseiller) de Donald Trump, Jared Kushner, a entretenu d’étroites relations d’affaires avec la famille d’un milliardaire bien connu en Guinée, Beny Steinmetz.

Alors que Donald Trump a fait de son gendre de 36 ans, époux de sa fille Ivanka, l’un de ses principaux conseillers diplomatiques et économiques, les liens d’affaires troubles de ce dernier, héritier d’un empire immobilier basé à Manhattan, font grincer des dents à Washington. La dernière affaire en date, révélée par le New York Times, concerne les investissements réalisés entre 2012 et 2016 par Kushner Companies, alors piloté par Kushner, avec l’Israélien Raz Steinmetz dans le cadre d’opérations immobilières d’un montant total de plus de 150 millions de dollars.

Liaisons dangereuses

Or Raz Steinmetz est le neveu du controversé Beny Steinmetz, suspecté de corruption en Guinée pour avoir tenté de s’approprier une partie du gisement de fer convoité du mont Simandou. À ce titre, il est poursuivi en justice sur quatre continents, et notamment aux États-Unis.

Frédéric Cilins, émissaire supposé de la société minière Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), arrêté par le FBI en avril 2013 en Floride, avait passé deux ans en prison après avoir été pris en flagrant délit de proposition d’un pot-de-vin à l’une des veuves de l’ex-président Lansana Conté, en échange de la destruction des preuves de corruption incriminant ses patrons. Et le département américain de la justice mène actuellement une enquête sur les activités de Beny Steinmetz, déjà sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire israélien depuis décembre 2016.

Les représentants de Jared Kushner, qui a démissionné de ses fonctions de dirigeant de Kushner Companies après sa nomination à la Maison-Blanche, font valoir que le gendre du président américain n’a co-investi aux États-Unis qu’avec le seul Raz Steinmetz. Ce dernier et Beny Steinmetz affirment tous deux ne plus se voir depuis des années et mener des activités bien distinctes chacun de leur côté.

Mais les choses seraient en réalité plus complexes selon le New York Times, qui a mis en évidence l’existence de relations d’affaires entre l’oncle et le neveu de ce clan familial israélien, qui a bâti sa fortune sur le commerce des diamants. Raz et Beny Steinmetz ont notamment eu un compte et au moins une société offshore en commun, et même parfois employé les mêmes cadres dirigeants.

Sur la sellette

Surnommé le « secrétaire de l’ombre » de Trump, Jared Kushner a été missionné par le président sur des dossiers diplomatiques clés tels que le conflit israélo-palestinien et les relations avec la Chine et la Russie, dans des zones où il a eu de nombreux liens d’affaires par le passé. Ce n’est pas la première fois qu’il est mis sur la sellette pour de possibles conflits d’intérêts entre ses anciennes et nouvelles fonctions.

Un groupe de représentants démocrates lui reproche ainsi d’avoir omis de signaler ses contacts avec Sergueï Kislyak, ambassadeur de Russie aux États-Unis, ainsi qu’avec Sergueï Gorkov, le patron de la Vnesheconombank, dans ses déclarations en vue d’obtenir son habilitation pour travailler à la Maison-Blanche. Et les propos de sa sœur, Nicole Kushner Meyer, qui vient d’effectuer une tournée de levée de fonds auprès d’investisseurs chinois pour le projet immobilier Kushner One à Pékin, Shanghai et Canton, en vantant sa proximité avec son frère et la Maison-Blanche, ont également suscité une polémique.

Cependant, la révocation de Jared Kushner ne semble pas pour demain, tant sa relation avec son beau-père est solide. Pour nombre d’observateurs à Washington, il est l’un des très rares qui ait sur le président une influence réelle, et soit à même de lui faire passer des messages. Ce dernier lui a d’ailleurs confié de nouvelles responsabilités en dehors de la sphère diplomatique, en le nommant directeur du bureau de l’innovation américaine, ce qui va lui permettre de s’entourer d’une large équipe. Et d’accroître encore son poids à la Maison-Blanche.