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Nouvelles générations

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Emmanuel Macron, se rend sur la tombe du soldat inconnu peu après son investiture en tant que nouveau Président de la République, le 14 mai. © Alain Jocard/AP/SIPA

L’imprévu peut surgir à tout moment et modifier la donne. Mais les prochains jours sont déjà chargés d’événements aux conséquences difficiles à mesurer. Quelques-uns ont retenu mon attention.

• Le 14 mai, Israël a célébré le 69e anniversaire de son existence. Un État voué, semble-t-il, à des guerres qu’il livre et gagne au rythme moyen d’une tous les sept ans.

Mais sa situation s’est considérablement améliorée.

« Il y a quinze ans, nous étions cernés par 55 divisions lourdement armées. Ensemble, la Syrie et l’Irak pouvaient aligner 1 500 avions de combat, des milliers de chars et de pièces d’artillerie, des dizaines de milliers de missiles. C’était une vraie menace », écrit Ehoud Barack, ancien chef d’état-major et ancien Premier ministre.

Il ajoute : « Aujourd’hui, il n’y a plus d’armée irakienne, et l’armée syrienne est considérablement affaiblie. Nous faisons face désormais à des problèmes d’une autre nature, comme le Hezbollah ou l’État islamique.

Les jihadistes sont beaucoup moins dangereux que les dizaines de divisions armées qui campaient à nos frontières. Ils n’ont pas d’avions de combat ou de chars mais des pick-up Toyota et des armes datant de la Seconde Guerre mondiale. Militairement parlant, ils ne représentent pas grand-chose.

L’Iran reste une menace potentielle très importante pour Israël, mais ce n’est pas une menace existentielle. »

• L’Iran, lui, élit, le 19 mai, son président et se sent menacé par une coalition constituée contre lui par Donald Trump. Outre les États-Unis, celle-ci regroupe, formidable et curieux attelage, Israël et l’Arabie saoudite.

Si l’Iran ne réélit pas son président actuel, Hassan Rohani, la guerre entre lui et la coalition deviendra probable. Elle éclatera plus vite et sera plus terrible.

• C’est à ce Moyen-Orient compliqué que Donald Trump a décidé de réserver son premier voyage international de président des États-Unis, annoncé à partir du 21 mai.

Il tentera de faire la paix, d’instaurer une forme d’entente et de coopération entre Israël et les Palestiniens. Il entreprendra aussi de refouler l’Iran dans ses frontières, de le replacer dans « l’axe du mal ».

Mais, dans l’immédiat, les regards sont fixés sur la France, où débute, ce 14 mai, le premier mandat de cinq ans du président Emmanuel Macron.

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« Le changement, c’est maintenant », avait proclamé, il y a cinq ans, François Hollande, qui entrait alors au palais de l’Élysée. Il ne l’a pas réalisé mais affirme aujourd’hui qu’il laisse à son successeur un pays en bon état.

Les chiffres macroéconomiques ne confirment pas cette affirmation. Ils disent même le contraire : entre 2012 et 2017, la France a stagné ou régressé.

Elle demeure un pays riche doté de très bonnes infrastructures et d’un excellent service public, mais son revenu par habitant était en 2016 inférieur de 12 % à celui de l’Allemagne, et l’écart s’est agrandi.

Le chômage y est trop élevé, sensiblement supérieur à ce qu’il était lorsque François Hollande est arrivé au pouvoir – 10 % de la population active, contre 3,9 % en Allemagne et 4,5 % au Royaume-Uni –, la croissance économique est aussi faible qu’en 2012, les dépenses étatiques continuent de progresser et les échanges sont très déséquilibrés.

La France a reculé au cours des deux derniers quinquennats. Pendant la même période, le revenu des Allemands a progressé de 7 %. L’État coûte aux Français 56 % de leur revenu, contre 44 % aux Allemands, moins de 40 % aux Britanniques, aux Japonais et aux Américains.

L’endettement de la France est presque aussi élevé que son revenu national annuel, et l’Allemagne accroît année après année sa supériorité économique.

Sur le plan politique, le Parti socialiste, qui a porté Hollande au pouvoir (après y avoir installé François Mitterrand), est en voie de disparition. N’en restent que quelques débris flottant à la surface…

Emmanuel Macron hérite donc, ce 14 mai 2017, d’une France dont l’état ne s’est pas amélioré en dépit des premiers frémissements d’une reprise économique due à la conjoncture. De ce fait, la tâche du nouveau et jeune président, de son gouvernement et de la majorité qu’il devra rassembler est immense.

Il a cependant, à mon avis, de bonnes chances de réussir, bien meilleures en tout cas que celles de tous les candidats contre lesquels, fort heureusement pour la France, il l’a emporté.

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On a déjà souligné que le nouveau président français est, à 39 ans, de loin le plus jeune chef d’État que la France ait eu depuis Napoléon Bonaparte, il y a plus de deux siècles.

Ce qu’on n’a pas dit, qui n’apparaîtra que petit à petit et ne produira ses effets que dans quelques mois, c’est qu’il ringardise tous les anciens et va faire accéder au pouvoir une nouvelle génération d’hommes et de femmes de trente ou quarante ans qui seront le nouveau visage du pouvoir français.

Ceux qui ont (mal) gouverné la France depuis Chirac en 1995 – une génération – vont être poussés aux oubliettes. L’un après l’autre, ils quittent déjà la scène. Et le jeu de massacre ne fait que commencer.

Parmi les nouveaux arrivés, dont la plupart viennent de la société civile, se glisseront des brebis galeuses. Il y aura sans doute des erreurs de « casting », mais, en un an ou deux, nous verrons apparaître et s’installer un nouvel establishment composé d’hommes et de femmes du XXIe siècle.

Ils seront mieux à même de réformer le pays et de faire souffler sur lui le vent du changement.

Il s’agira d’un changement de génération comparable à celui introduit par le général de Gaulle en 1945 puis en 1958, avec les bons résultats que l’on sait.

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Plus récemment, l’actuel roi du Maroc, Mohammed VI, a réinventé et affiné la formule. Il a trouvé, au début de ce siècle, occupant tous les postes, des hommes de 75 ans environ, installées depuis deux décennies par son père, Hassan II (décédé à l’âge de 70 ans).

Trois ans après son accession au pouvoir à l’âge de 35 ans, il a entrepris de les remplacer par des hommes et des femmes de sa génération, des quadragénaires mieux formés, issus le plus souvent des meilleures universités européennes ou américaines.

Le Maroc s’en est très bien trouvé, et Mohammed VI a pu constater que cette décision était la plus féconde de toutes celles qu’il a prises…

Espérons que les exemples marocain et français inspirent d’autres pays et les conduisent à procéder, chez eux, au plus révolutionnaire des changements : celui des générations.