Rohani, Khamenei et les faucons : pourquoi l’Iran se trouve à la croisée des chemins

Les partisanes du président sortant lors d’un de ses meetings de campagne, à Téhéran, le 9 mai. © Fatemeh Bahrami/Anadolu Agency/AFP

La présidentielle du 19 mai va voir s'affronter six candidats, dont le chef de l'État sortant, Hassan Rohani. Sa plus grande victoire : l'accord conclu en 2015 avec les grandes puissances occidentales sur le programme nucléaire de Téhéran, qui a permis la levée partielle des sanctions qui minaient le pays. Mais ses adversaires critiquent son laxisme.

Crispation protectionniste contre aspiration à l’ouverture : les chocs des élections présidentielles qui se tiennent cette année à travers le monde se ressembleraient-elles jusque dans la lointaine de la République islamique d’Iran ? Fin avril, les vénérables religieux du Conseil des Gardiens ont validé 6 des 1 636 candidatures qui lui avaient été présentées pour le premier tour de l’élection présidentielle du 19 mai prochain.

Nation et Religion

Celle du président « conservateur modéré » sortant, Hassan Rohani, soutenue plus que concurrencée par celles de deux autres candidats réformateurs, face à celles de trois conservateurs faisant front, plutôt que cavaliers seuls contre le même Rohani. Cible d’un tir de barrage général, la candidature surprise de Mahmoud Ahmadinejad, président ultra-nationaliste et populiste de 2005 à 2013, a fait partie des nombreuses candidatures déboutées.

Selon toute probabilité, le religieux Hassan Rohani, 68 ans, élu en 2013 sur son programme d’ouverture diplomatique et sociale, devrait se voir renouvelé dans la fonction : depuis 1981, ses quatre prédécesseurs ont tous été réélus pour un second mandat. L’ambiance globale incite toutefois à relativiser l’évidence des pronostics. Acquise avec le soutien de la tendance réformatrice, l’élection de Rohani avait elle-même été une surprise.

Je suis venu pour plus de liberté, plus de sécurité et plus de progrès

Pourrait-il avoir celle de ne pas être reconduit, quatre ans plus tard ? « Je suis venu de nouveau pour l’Iran. Je suis venu pour l’islam. Je suis venu pour plus de liberté, plus de sécurité et plus de progrès », a-t-il déclaré en se présentant cette année. Plaçant en tête nation et religion, il soulignait son appartenance au système, tout en l’appelant à la libéralisation, tant attendue par une population de plus en plus jeune, instruite et urbaine.

Bilan mitigé

Le bilan du « mollah qui sourit » n’est cependant pas radieux pour autant. Rohani peut revendiquer l’exploit d’avoir obtenu un accord international sur le programme nucléaire iranien à Vienne, en juillet 2015, qui lui promettait la levée des sanctions. Sa politique économique a certes permis de stabiliser la monnaie, de ramener l’inflation de 40 % à moins de 10 % et de faire croître le PIB de 6,6 % en 2016-2017 contre 1,5 % en 2015-2016.

Mais le retour des milliards de dollars d’avoirs bloqués par les sanctions et la venue d’autres milliards d’investissements étrangers escomptés se font trop attendre. En cause, le maintien de certaines sanctions américaines justifiées par des atteintes persistantes aux libertés individuelles, ainsi que la poursuite du programme d’armement balistique iranien, lesquelles font peser la menace de lourdes amendes sur les entreprises internationales qui commerceraient avec Téhéran.

Par ailleurs, pourtant loin des fulminations anti-iraniennes proférées aux États-Unis pendant sa campagne par le candidat Trump, aujourd’hui président, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson affirmait récemment que l’accord de Vienne « n’a pas atteint ses objectifs ». Du pain béni pour le camp des ultra-conservateurs qui n’avaient eu de cesse de maudire les compromis avec le « Grand Satan ». En outre, le chômage n’a fait que progresser, touchant désormais 3,2 millions d’Iraniens. Le conservateur Alireza Zakani pouvait ainsi dénoncer début mai l’existence d’un « mur économique entre un gouvernement de marchands et les assiettes vides des gens ».

Dans le camp de ses challengers conservateurs, deux candidats menacent la position du sortant : le populaire maire de Téhéran, Mohammed Ghaber Ghalibaf, et, surtout, le juriste et religieux Ebrahim Raïssi, qui jouirait de la haute considération du Guide suprême, Ali Khamenei, grand arbitre de la destinée de la République islamique. Conservateur et avisé, ce dernier a deux impératifs : voir se renouveler l’adhésion populaire au système par une participation électorale signifiante et étouffer les voies subversives qui voudraient couper le régime de ses racines religieuses. Le filtre du Conseil des Gardiens ayant écarté ces dernières, le Guide pourrait-il prendre le risque de décourager les électeurs en affichant un soutien décisif aux plus conservateurs ?