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France : Emmanuel Macron, un petit prince dans la cour des rois

Sur un plateau de télévision,en 2013. © Simon Guillemin/Hanslucas

Inconnu il y a trois ans, Emmanuel Macron poursuit sa trajectoire météorique. Après avoir froidement dépassé son maître, mis en marche ses partisans et occis la baronne de l’extrême droite, il a accédé à l’Élysée le 14 mai. Mais de lourds nuages s’accumulent au-dessus de sa tête.

C’était beau comme un péplum hollywoodien. Dans la nuit, un jeune et gracieux prince oint du suffrage de son peuple quitte à pied la cour Carrée du Louvre, où, à l’aube du XIIIe siècle, se dressait l’austère forteresse du roi capétien Philippe Auguste, longe la pyramide néopharaonique (et vaguement kitsch) érigée par l’architecte Ieoh Ming Pei à la demande de ce vieux sphinx de Mitterrand, puis, sur une estrade, écarte quelques baladins, fait face à la foule joyeuse de ses sujets, puis accueille à ses côtés son épouse et les membres de sa famille recomposée.

Ça avait quand même une autre gueule que le pénible spectacle offert deux jours auparavant par Marine Le Pen, sa rivale occise, contrainte de fuir sous les huées la cathédrale Notre-Dame de Reims, ce sanctuaire où les souverains français avaient coutume d’être couronnés. Quel symbole !

Au terme d’une campagne anarchique, incohérente et brutale, les deux survivants ont jugé bon de se mettre en scène dans l’immuable décor de la plus antique et noble tradition. Sans doute avaient-ils mesuré, sinon le discrédit qui les frappe, du moins le peu d’enthousiasme qu’ils suscitent hors du cercle de leurs féaux. Ce n’est pas parce que leurs rivaux de droite, de gauche et d’extrême gauche ont mordu la poussière qu’ils doivent se bercer d’illusions : pour l’un comme pour l’autre, les lendemains risquent de déchanter.

Quel succès pour Mélenchon aux législatives ?

La France insoumise a conquis au premier tour, grâce à l’habileté, à l’éloquence un rien désuète et à l’impétuosité de son chef, des forteresses réputées à tort inexpugnables : Marseille, Toulouse, Montpellier et quelques autres. Mais la vague insoumise n’a-t-elle pas déjà atteint son apogée ? Le mode de scrutin étant ce qu’il est – uninominal à deux tours – et ses alliés potentiels ne se signalant ni par leur nombre ni par leur vigueur, Jean-Luc Mélenchon aura du mal à confirmer ces premiers succès lors des législatives des 11 et 18 juin. On verra bien.

Il aurait toutefois tort de se plaindre. En comparaison, la situation du Parti socialiste, au pouvoir depuis 2012, semble en effet désespérée. Le score ridicule (6 %) obtenu par son champion, Benoît Hamon, lui interdit de rêver à d’hypothétiques conquêtes lors des législatives.

Pourtant, en dépit du ralliement au nouveau roi d’une escouade de barons, au premier rang desquels l’impétueux Manuel Valls, et du rejet suscité dans l’opinion par l’insigne médiocrité du bilan élyséen de François Hollande, le véritable étiage électoral de cette formation est sans doute plus élevé – entre 10% et 15% ?

La droite dans les turbulences

Les Républicains ont quant à eux bêtement laissé échapper une victoire qui leur semblait promise. Une partie de leur électorat n’a pas pardonné à leur candidat les « indélicatesses » révélées par la presse et a reporté ses suffrages sur Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, sur Marine Le Pen. Comme l’on sait, la roche Tarpéienne est souvent proche du Capitole… François Fillon ne s’en relèvera pas, mais qu’en sera-t-il de son parti ? Toute la question est de savoir si les électeurs boudeurs jugeront la punition suffisante et choisiront de rentrer au bercail dès le mois de juin. Leur indulgence n’est pas acquise.

Après son échec du 7 mai, le Front national peut pour sa part s’attendre à de fortes turbulences en son sein. Les insuffisances criantes et la stature peu présidentielle de sa candidate… La ligne ouvriériste, populiste et europhobe imposée par Florian Philippot, l’ambigu favori de la présidente…

Les divergences désormais publiques (elle a, le 9 mai, renoncé à tous ses mandats électifs) de Marion Maréchal-Le Pen, sa nièce, tenante d’une ligne plus conservatrice, libérale et identitaire… Sans parler de la rancœur jamais complètement ravalée du père fondateur évincé… Le FN devient une poudrière qui menace d’exploser.

Macron VS la gauche de la gauche

Quant à Macron, on ne sait toujours pas s’il choisira de s’allier avec la droite, la gauche ou le centre. Le choix de son Premier ministre, qui ne devait pas être annoncé avant le 15 mai, sera de ce point de vue déterminant. Les Républicains espèrent remporter les législatives, obtenir que le chef du gouvernement soit issu de leurs rangs et contraindre d’emblée le Président à une cohabitation que, s’il faut en croire certains sondages, les Français semblent curieusement appeler de leurs vœux. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres…

L’affrontement du nouveau chef de l’État avec la gauche de la gauche, qui a pourtant contribué à son élection, est en revanche programmé. Les hostilités devraient éclater dans le courant de l’été, lorsqu’il entreprendra de réformer par ordonnances le sacro-saint code du travail.