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Algérie : l’argent roi dans l’hémicycle

Le Parlement algérien le 12 novembre 2008. © AP/SIPA

S’il est un facteur révélant combien la classe politique s’est transformée au cours des vingt dernières années, c’est l’entrée du pouvoir financier dans l’hémicycle.

L’Assemblée populaire nationale (APN) issue des élections législatives de mai 1997 comptait un seul homme d’affaires, Djilalli Mehri, qui avait été élu sous l’étiquette d’un parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas). Aujourd’hui, la nouvelle APN compte plus d’une dizaine d’industriels, patrons d’entreprise, importateurs et autres affairistes, dont l’origine de la fortune demeure parfois opaque.

L’ex-chef du groupe parlementaire du Front de libération nationale (FLN), Ahmed Djemaï, ainsi que l’ancien vice-président de l’APN, Baha Tliba, tous deux réélus le 4 mai dernier, affichent une insolente fortune, de même que le vice-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), PDG de Promo Invest et Petroser, Abdelkader Sahraoui, tête de liste FLN à Mascara.

Le magnat de l’agroalimentaire, Abdelkader Taïeb Ezzraïmi, PDG du groupe SIM et patron d’un club de football, fait son entrée dans l’hémicycle sous la bannière du Rassemblement national démocratique (RND, mouvance présidentielle), ainsi que Smaïl Benhamadi, l’un des frères du groupe familial Benhamadi, leader de l’électroménager, de l’électronique et du BTP.

Désormais, tout se vend et tout s’achète. Dans les années 1990, il n’y avait pas d’argent à proposer. Nous avions des programmes. Aujourd’hui, ils ont de l’argent et pas de programme

Bien sûr, l’entrée de ces hommes d’affaires à l’APN résulte des profondes mutations économiques subies au cours des deux dernières décennies. Bien sûr encore, certaines de ces fortunes ne sont pas sujettes à caution. Il n’empêche que l’argent a coulé à flots au cours de cette campagne et que certains n’ont pas hésité à dépenser des milliards pour figurer sur une liste électorale, acheter des parrainages, financer des militants ou des « bénévoles » pour faire la promotion de leurs candidatures.

L’exemple frappant de l’intrusion de l’argent sale est l’affaire qui a éclaboussé le secrétaire général du FLN, dont l’un des enfants a été interpellé par les services de sécurité avec de très fortes sommes d’argent et des documents liés à la confection des listes du parti pour les législatives du 4 mai. « Désormais, tout se vend et tout s’achète, regrette un ancien chef de groupe parlementaire, qui envisage de se retirer de la politique. Dans les années 1990, il n’y avait pas d’argent à proposer. Nous avions des programmes. Aujourd’hui, ils ont de l’argent et pas de programme. »

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