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Interview : Thandika Mkandawire, « Créons des ponts entre le formel et l’informel »

Économiste, titulaire de la chaire sur le développement de l’Afrique à la London School of Economics. © Mike Pont/WireImage/GettyImages

Économiste, titulaire de la chaire sur le développement de l’Afrique à la London School of Economics, ce professeur d’origine malawite estime que l’État ne doit pas brider le développement des entreprises non enregistrées mais au contraire les accompagner.

JEUNE AFRIQUE : Le FMI prévoit que l’Afrique connaîtra une croissance de 2,6 % du PIB en 2017. Assez pour créer les millions d’emplois tant attendus ?

THANDIKA MKANDAWIRE : Le principal problème économique africain réside non pas dans sa croissance – faible, et dont les fruits sont inégalement répartis –, mais dans sa productivité. En théorie, elle est tirée par le développement économique. Mais, sur le continent, elle stagne, voire recule. Pourtant, selon moi, la hausse de la productivité est le seul facteur qui permettra, petit à petit, de créer puis de formaliser des emplois.

Comment faire pour favoriser un essor bénéfique du secteur informel ?

Il faut créer des ponts entre le formel et l’informel. Nous devons trouver des incitations suffisamment fortes pour que les entreprises recourent davantage au secteur informel, comme les sociétés asiatiques du textile l’ont massivement fait.

Par exemple, si l’armée nigériane commandait l’ensemble de ses tenues militaires aux couturiers informels, cela aurait un effet important sur l’emploi ! Il faut que l’État appuie les entreprises et les emplois de ce secteur avec davantage de services, d’eau et d’électricité, de locaux, de crédits… Sans quoi il ne pourra pas se développer ni se formaliser.

Arrêtons de voir la prédominance de l’informel comme un problème humanitaire alors que c’est un problème économique

Comment faire contribuer le secteur informel au paiement de l’impôt ?

Il est possible de lui faire payer des taxes, de faible ampleur. Ses entrepreneurs autodidactes comprennent tout à fait qu’il est plus intéressant pour eux de payer 5 % à 7 % de taxes plutôt que d’avoir à suppléer par leurs propres moyens à l’absence de services publics, d’eau, d’électricité ou d’ouvrages de voirie.

Arrêtons de voir la prédominance de l’informel comme un problème humanitaire alors que c’est un problème économique. Au Malawi, depuis deux ans, les entreprises de ce secteur ont été incluses dans l’assiette des impôts. Cela s’est certes accompagné d’une certaine grogne sociale, mais cela a créé des ressources supplémentaires. Et, surtout, cela suscite une attente et une conscience vis-à-vis des dépenses qui doivent être réalisées avec cet argent public.

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