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Pourquoi la politique budgétaire de Donald Trump pénalise financièrement l’Afrique

Donald Trump, le jour de son investiture, au Capitole, le 20 janvier 2017. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Alors que le président américain réduit le budget alloué aux banques multilatérales, le continent s’inquiète. Et se demande comment réagiront la Chine et l’Union européenne.

Il est vraisemblable que le président des États-Unis ignore tout de l’Afrique. Celle-ci cherche désespérément des montagnes d’argent pour gagner sa course-poursuite contre la pauvreté. Afin de se doter des routes, des barrages, des lignes électriques, des hôpitaux, des universités, des transports, des zones industrielles, de l’irrigation, etc. qu’exigent son émergence et sa démographie galopante, il lui faudrait plus de 600 milliards de dollars (550 milliards d’euros) par an, selon les calculs des experts de la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement).

Coupes budgétaires

Or Donald Trump vient de bâtir un projet de budget fédéral 2017-2018 qui prévoit de supprimer 650 millions de dollars de contributions américaines aux banques de développement multilatérales comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement (BAD). C’est peu, mais c’est de mauvais augure.

Akinwumi Adesina, le président de la BAD, a lancé un cri d’alarme dans le Financial Times du 25 avril : pas d’argent et c’est « le triangle du désastre » qui se met en place sur le continent, avec un chômage des jeunes très élevé, le maintien d’une pauvreté extrême et la dégradation environnementale due à un réchauffement climatique non maîtrisé. « Les banques multilatérales ont besoin d’argent, car si nous ne créons pas très vite des emplois en Afrique, les effets du terrorisme que nous déplorons aujourd’hui ne seront que la partie émergée de l’iceberg et l’avenir de nos jeunes sera au fond de la Méditerranée ! », prévient-il.

Les décisions de l’administration Trump introduisent une instabilité importante dans le financement du développement, alors que le premier facteur d’efficacité de l’aide publique est sa prévisibilité, qui rassure tous les acteurs

Matthieu Boussichas, responsable de programmes à la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi), estime que les coupes prévues dans le projet de budget américain sont « une mauvaise nouvelle* ». En effet, les États-Unis faisant surtout des dons, cette amputation va pénaliser en premier lieu les pays les plus pauvres qui n’ont pas la possibilité d’emprunter. D’autre part, « les décisions de l’administration Trump introduisent une instabilité importante dans le financement du développement, alors que le premier facteur d’efficacité de l’aide publique est sa prévisibilité, qui rassure tous les acteurs », explique le chercheur.

Rôle mineur de la Chine ?

La Chine, qui a vigoureusement investi le continent africain depuis vingt ans, va-t-elle profiter de ce repli américain pour étendre son empire économique ? Rien n’est moins sûr : l’aide au développement de Pékin est très marginale. Selon les critères de l’OCDE, cette dernière est estimée à 0,06 % de son revenu national brut, loin derrière celles des États-Unis (0,18 % en 2016), de la France (0,38 %) et surtout de la Norvège (1,1 %).

La Chine entend faire du business avec l’Afrique sans autre considération que leurs intérêts réciproques, assurent ses dirigeants. La masse de ses investissements est spectaculaire, même si on a du mal à la chiffrer.

C’est pourtant à la Grande-Bretagne que revenait encore en 2014 la palme du stock d’investissements le plus important sur le continent (66 milliards de dollars), devant les États-Unis (64 milliards), la France (52 milliards) et la Chine (32 milliards).

Si l’on additionne aide publique et investissements privés, et bien que l’opacité des financements chinois empêche une comparaison pertinente avec ceux des pays de l’OCDE, on peut estimer que la principale puissance asiatique est encore loin derrière l’Union européenne.

Réduire la dépendance de l’Afrique en matière d’aide

En fait, il faut voir le financement du développement comme une fusée à plusieurs étages. Le premier prend la forme de dons ou de prêts concessionnels, c’est-à-dire à des taux bas et remboursables sur de très longues périodes. Ce type d’aide est indispensable aux pays les plus pauvres et favorise l’arrivée de capitaux en réduisant les risques pour les investisseurs.

Le deuxième étage figure l’investissement direct étranger (IDE), c’est-à-dire les créations d’entreprises, les prises de participations dans des entreprises et les prêts privés. « C’est le vrai moteur du développement, car il crée de la valeur localement, estime Matthieu Boussichas. Il développe et diversifie le secteur formel du pays d’accueil. »

Enfin, le troisième étage est contenu dans l’Agenda 2063, adopté le 31 janvier 2015 par l’Union africaine : c’est la mobilisation des ressources des Africains eux-mêmes, soit par l’impôt, soit par l’épargne. L’Agenda prévoit de réduire ainsi de moitié la dépendance de l’Afrique à l’égard de l’aide extérieure et de doubler la contribution des marchés de capitaux africains au développement. « C’est le grand défi, explique Matthieu Boussichas. Il suppose de renforcer les administrations financières et fiscales, ce qui ne coûte pas très cher et qui, tout en étant moins spectaculaire que la construction d’un barrage, est tout aussi nécessaire ! »

Ce financement plus autonome aurait deux avantages. Il permettrait d’abord de limiter le recours à l’endettement qui atteint à nouveau des sommets en 2017, boosté par les élections, qui poussent les gouvernements à la dépense, et par le recul des prix des produits d’exportation, qui réduisent les recettes des États. Il protégerait également l’Afrique des fluctuations des taux de changes et des taux d’intérêt, la mettant à l’abri des foucades d’un Trump ou d’un nouveau dirigeant européen hypernationaliste qui abolirait d’un trait de plume l’aide au développement sous prétexte que cela coûte cher et que ses électeurs n’en tirent aucun profit…