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Burkina Faso : « Kadhafi » et les défis de la Chambre de commerce et d’industrie

Mahamadi Savadogo, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Burkina Faso. © Sophie Garcia/Hanslucas.com pour JA

Élu en novembre 2016 à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, Mahamadi Savadogo, surnommé « Kadhafi » parce qu’il a fait des études en Libye, veut que l’institution, les grands groupes et les PME participent tous pleinement à la relance.

C’est finalement le PDG du groupe Savadogo Mahamadi et frères (Smaf) qui a été élu fin novembre 2016 à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF) pour succéder à Alizéta Ouédraogo, qui avait pris la fuite à la suite de l’insurrection populaire d’octobre 2014. L’organisme consulaire avait depuis été placé sous délégation spéciale du patron des patrons, Birahima Nacoulma, chargé d’en réformer les statuts et de gérer la transition jusqu’à l’élection d’un nouveau bureau.

Natif de Ouahigouya (Nord), comme Salif Diallo, le président de l’Assemblée nationale, Mahamadi Savadogo, 54 ans, s’est fixé deux objectifs prioritaires : « Je veux aider le secteur privé à prendre une part importante dans la relance de l’économie burkinabè et réconcilier le monde des affaires avec lui-même. »

La mission sied particulièrement à son tempérament. Surnommé « Kadhafi » par ses compatriotes parce qu’il a effectué son cursus secondaire en Libye, de 1978 à 1982, Mahamadi Savadogo a renoncé à suivre des études supérieures de commerce à Londres pour remplacer son frère, tombé subitement malade, en tant que directeur commercial de l’entreprise familiale. Discret, habile et doté d’un véritable sens de l’écoute et du négoce, il s’est tourné vers la sous-région, l’Europe et l’Asie dès le début des années 1980. Une approche proactive qui lui a permis de hisser Smaf parmi les groupes privés les plus importants et les plus diversifiés du pays – il est actif dans le BTP, l’immobilier, la distribution, les hydrocarbures et l’imprimerie.

Casse et pillage

À la tête de la CCI-BF, il va s’employer à rétablir la confiance, à la fois au sein de l’organe consulaire et avec ses partenaires. Un chantier essentiel étant donné que l’institution est chargée, entre autres, de gérer les emplacements alloués au Burkina Faso sur les ports d’Abidjan, d’Accra, de Cotonou et de Lomé, soit un budget de plus de 16 milliards de F CFA (24 millions d’euros).

Aucun opérateur économique victime des pillages en 2014 et 2015 n’a été encore indemnisé

L’attend aussi le chantier d’extension du port sec de Bobo-Dioulasso, à qui il ne manque plus qu’un partenaire financier pour être lancé, ainsi que la construction de celui de Ouagadougou, dont les études en cours détermineront le montant des investissements à réaliser. Il devra aussi lancer la décentralisation des organes consulaires prévue par les nouveaux textes de la CCI-BF.

« Dans le même temps, nous nous efforçons d’alléger les contraintes qui pèsent sur le secteur privé, car beaucoup d’entreprises ont souffert des turbulences politiques qui ont ébranlé le pays », explique Mahamadi Savadogo. La chambre évalue le coût de la casse durant la période de crise, en 2014 et 2015, à près de 200 milliards de F CFA et elle estime que le total des arriérés, incluant la dette intérieure, atteint environ 500 milliards de F CFA. « Aucun opérateur économique victime de ces pillages n’a été encore indemnisé », déplore le patron de Smaf.

Former les PME

La chambre finalise aussi son plan quinquennal. Selon son président, le document stratégique consacre une large place à la formation des PME : 9 000 petites entreprises vont bénéficier de cours et de conseils en matière de gestion, de fiscalité ou encore sur les procédures relatives à la commande publique. « C’est une première en Afrique de l’Ouest, souligne Mahamadi Savadogo. Cette initiative, soutenue par la BAD, a pour objectif d’accélérer la formalisation du secteur informel. »

Afin de résoudre les problèmes d’accès au financement des PME, la CCI-BF a déposé une demande d’agrément pour créer un établissement de microfinance : la Société d’accompagnement et de financement des entreprises (Safin), au capital initial de 2 milliards de F CFA. « Quand nous aurons l’agrément, ce capital sera rapidement porté à 5 milliards », assure Mahamadi Savadogo, qui annonce dans le tour de table des partenaires tels que la Caisse nationale de sécurité sociale, la Caisse autonome de retraites des fonctionnaires (Carfo) et la Loterie nationale du Burkina.

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