Hissène Habré condamné en appel à la perpétuité, la victoire des victimes

Hissène Habré lors de son procès à Dakar, le 30 mai 2016. © Carley Petesch/AP/SIPA

Après un quart de siècle d’une lutte judiciaire acharnée, le verdict définitif est enfin tombé : l’ex-président tchadien, Hissène Habré finira ses jours en prison.

Il s’est une fois encore abstenu de paraître devant ses juges. Mais cela n’a rien enlevé à la joie et au soulagement des victimes présentes au palais de justice de Dakar. Car la peine prononcée le 27 avril contre leur ancien bourreau est définitive : le Tchadien Hissène Habré passera bien la fin de ses jours en prison.

Les Chambres africaines extraordinaires (CAE) ont confirmé sa condamnation à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. L’accusation de viol, retenue en première instance, le 30 mai 2016, a en revanche été abandonnée.

Nous avons montré qu’avec de l’espoir et de la ténacité tout était possible

La chambre d’appel de ce tribunal ad hoc, créé en juillet 2012 en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, a également condamné l’ex-président tchadien à payer un peu plus de 82 milliards de F CFA (125 millions d’euros) de réparation à près de 7 400 victimes déjà identifiées. Chacune doit recevoir jusqu’à 20 millions de F CFA émanant d’un fonds spécial d’indemnisation mis en place par l’UA, lequel aura pour délicate mission de traquer les avoirs et les fonds cachés de Habré. L’une de ses villas dakaroises ainsi que certains de ses comptes bancaires ont d’ores et déjà été saisis.

La persévérance des survivants

Pour les victimes de l’ancien maître de N’Djamena, dont le régime est accusé d’avoir torturé et exécuté des milliers de personnes entre 1982 et 1990, la victoire est d’ordre plus symbolique que financier. Ce verdict définitif constitue en effet l’aboutissement d’un quart de siècle d’une lutte judiciaire acharnée pour que Hissène Habré, exilé à Dakar depuis qu’il a été écarté du pouvoir, en 1990, réponde de ses crimes.

« C’est un immense soulagement, mais c’est surtout le couronnement de longues années de persévérance de la part des survivants, se félicite l’avocat américain Reed Brody, qui conseille les victimes depuis 1999. Nous avons montré qu’avec de l’espoir et de la ténacité tout était possible. »

Mutique tout au long de son procès face à une juridiction dont il a toujours contesté la légitimité, Hissène Habré, 74 ans, n’est plus apparu en public depuis le 30 mai 2016. Voilà près d’un an qu’il n’a plus quitté la confortable villa spécialement aménagée pour lui (plusieurs pièces climatisées, une télévision, une cour) dans l’enceinte de la prison du Cap Manuel, à Dakar, où il est incarcéré depuis juin 2013 et où ses deux épouses lui rendent visite chaque semaine.

Une ultime gifle ?

Finira-t-il ses jours dans cette prison dorée ? Les statuts des CAE prévoient que, « si les circonstances l’exigent, le condamné [puisse] purger sa peine d’emprisonnement dans l’un des États membres de l’Union africaine qui a conclu un accord d’exécution des peines avec le Sénégal ».

Autrement dit, comme l’explique une source judiciaire, « l’État du Sénégal pourrait un jour demander, pour une raison politique x ou y, que Habré ne soit plus emprisonné sur son territoire ».

Au lendemain de la condamnation en première instance, le ministre sénégalais de la Justice avait lui-même laissé planer un doute sur l’avenir de l’ancien despote tchadien. Tout en affirmant qu’il devrait effectuer sa peine au Sénégal, Sidiki Kaba avait indiqué que la possibilité d’une grâce restait « ouverte ».

Des propos qui avaient immédiatement suscité l’ire des avocats des parties civiles, qui estiment qu’un tel scénario serait « une ultime gifle infligée aux victimes, après tout ce qu’elles ont enduré ».