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Emmanuel Macron, de la promo Senghor à l’Afrique d’En marche!

Jules-Armand Aniambossou et, déjà côte à côte, Emmanuel Macron et Aurélien Lechevallier (à droite), à l’ENA (2002-2004). © Tourte et Petin/Innovaphot

C’est sur les bancs de l’ENA qu’Emmanuel Macron a rencontré deux des personnages clés de sa future politique à destination du continent. Il entend opérer une « mue idéologique ».

Un froid sibérien s’abat sur l’est de la France. C’est dans un grand hôtel de Ventron, au cœur des Vosges enneigées, que se réunissent les quelque 130 nouveaux élèves de l’ENA. Parmi eux, deux copains de Sciences-Po, Emmanuel Macron et Aurélien Lechevallier, et un Franco-Béninois de quinze ans leur aîné, l’ingénieur des Mines Jules-Armand Aniambossou.

L’enjeu – plutôt ludique – de ce séminaire vosgien, c’est de se livrer à des joutes oratoires pour trouver un nom à la promotion. « Antigone » part favori. Mais Senghor vient de mourir, et l’absence de Chirac et Jospin aux obsèques du président-poète a fait scandale. Habilement, Aniambossou s’engouffre dans la brèche et propose « Senghor ». Quatre ou cinq comparses, dont le jeune Macron, sont à la manœuvre.

Le trio Macron-Lechevallier-Aniambossou

Après quelques grandes envolées lyriques, ce nom passe haut la main. Et, deux ans plus tard, l’ancien président Abdou Diouf vient saluer la même promo lors d’une cérémonie parisienne organisée par… Lechevallier.

Aujourd’hui, le trio Macron-Lechevallier-Aniambossou fonctionne toujours. Les deux premiers travaillent tous les jours ensemble. Le troisième leur parle régulièrement au téléphone.

Leur credo ? Une « nouvelle relation avec l’Afrique » fondée sur « deux atouts indéniables que la France n’a pas su jusqu’alors optimiser : sa langue et sa population d’origine africaine ». Leur outil ? La création d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui réunirait une quinzaine d’économistes, universitaires et hommes ou femmes politiques – moitié africains, moitié européens – et qui pousserait la France à faire sa « mue idéologique » vis-à-vis du continent. Rien de moins.

Des liens particuliers avec Macky Sall et Alassane Ouattara

Après sa scolarité à l’ENA et son stage de six mois à l’ambassade de France au Nigeria, sous la houlette bienveillante de Jean-Marc Simon, Emmanuel Macron a rencontré quelques acteurs influents du continent. Le premier est sans doute le banquier Lionel Zinsou, avec qui le jeune manager director de Rothschild monte des opérations financières.

Ensuite, au cabinet du président Hollande puis à la tête du ministère de l’Économie, le futur candidat d’En Marche ! multiplie les contacts avec les chefs d’État africains, notamment avec l’Ivoirien Alassane Ouattara et le Sénégalais Macky Sall. Et à l’automne dernier, après sa démission de Bercy, le précandidat lit avec beaucoup d’intérêt Entreprenante Afrique, le dernier livre de l’économiste Jean-Michel Severino.

Madame Le Pen dit des âneries. Les voitures assemblées à Oran l’étaient auparavant en Turquie et en Roumanie, il n’y a pas de perte pour notre pays

C’est sur le terrain maghrébin que le ministre Macron a croisé le fer une première fois avec Marine Le Pen, sa rivale d’aujourd’hui. En novembre 2014, alors qu’il inaugure une usine Renault à Oran, en Algérie, le Front national (FN) crie à la destruction d’emplois en France.

« Madame Le Pen dit des âneries, réplique le jeune ministre. Les voitures assemblées à Oran l’étaient auparavant en Turquie et en Roumanie, il n’y a donc pas de perte pour notre pays. » Quelques mois plus tard, lorsque PSA ouvre une usine automobile à Kenitra, au Maroc, le FN s’en prend à nouveau au ministre, qui contre-attaque avec la même fermeté. La guérilla Le Pen-Macron de la semaine dernière sur le site de l’usine Whirlpool d’Amiens a quelques antécédents…

L’Afrique, enjeu du second tour

La surprise de ce second tour, c’est que l’Afrique fait partie des enjeux. Dans ses récents meetings, Marine Le Pen s’est félicitée d’avoir été reçue en mars par le président tchadien, Idriss Déby Itno, et a renouvelé sa promesse de consacrer, d’ici à la fin du prochain quinquennat, 16 milliards d’euros, soit 0,7 % de la richesse nationale, à l’aide au développement.

Confidence d’Aurélien Lechevallier, le bras droit d’Emmanuel Macron sur les questions internationales : « Marine Le Pen va se positionner comme la candidate de l’Afrique car elle est allée au Tchad. Mais nous sommes armés pour la bataille. »