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Sahara occidental : de la Marche verte à la Marche rose

par

Fouad Laroui est écrivain.

Le mur de sable séparant le Sahara occidental du reste du territoire marocain, le 6 novembre 2006. © FRANCOIS MORI/AP/SIPA

Le nouveau secrétaire général de l’ONU, l’énergique António Guterres, semble mieux comprendre la question du Sahara occidental que son prédécesseur, l’évanescent et très oubliable Ban Ki-moon. C’est de bon augure. Espérons que ce conflit absurde prendra fin sous son mandat, pour le plus grand bien de tous : Sahraouis, Marocains et Maghrébins en général.

L’Union du Maghreb arabe émergerait enfin de son coma profond. Les économistes nous assurent que plusieurs points annuels de croissance en seraient la conséquence pour le Maroc, la Mauritanie, l’Algérie et la Tunisie – pour ce qui est de la Libye, les avis sont partagés.

Conflit absurde, avons-nous dit. Oui ! Des deux côtés de la pseudo-frontière qui séparait le Maroc de l’ex-colonie espagnole, on trouve exactement le même peuple, les mêmes types ethniques, la même histoire, la même langue, la même religion, la même culture.

Aucune « frontière naturelle »

La meilleure preuve qu’on puisse en donner, c’est qu’il y a dans la classe politique marocaine plusieurs figures de proue dont le propre frère se trouve parmi les dirigeants du Polisario. C’est un peu comme si le frère du Premier ministre français militait pour l’indépendance de l’Oise. Qui prendrait cela au sérieux ? Qui, dans le vaste monde, se mobiliserait pour faire aboutir un tel projet ?

Cette ligne tracée autrefois dans le sable par le colonialisme espagnol est totalement imaginaire, elle ne s’appuie sur aucune de ces « frontières naturelles » chères à Richelieu : un fleuve large et impétueux séparant des peuples qui ne s’entendent guère, une chaîne de montagnes presque infranchissables, un vaste bras de mer, l’océan… Rien de cela dans le cas qui nous occupe.

Cette ligne n’existait que dans la tête de ceux qui, de Madrid, s’approprièrent sur le papier ce qui ne leur appartenait pas. Elle ne survit aujourd’hui que dans les cartes et les credo d’ONG scandinaves mal informées, de politicards dogmatiques d’Afrique australe (genre Mugabe) ou de Machiavel au petit pied qui savent à quoi s’en tenir mais veulent diviser pour mieux régner.

L’initiative au peuple

Pour le moment, ce sont les armes qui ont parlé, jusqu’au cessez-le-feu de 1991, puis ce furent les diplomates (les rencontres de Manhasset, aux États-Unis). On n’a pas beaucoup avancé. C’est pourquoi je lance dans ces colonnes l’idée suivante : au diable les armes et la diplomatie, laissons l’initiative au peuple ! Je ne connais aucun Marocain, je dis bien aucun, qui ne considère pas les Sahraouis, où qu’ils soient, comme ses compatriotes, comme ses frères.

On n’aurait aucun problème pour s’entendre puisque, je le répète, de part et d’autre, c’est la même langue, la même religion, la même culture

Eh bien, montrons-le ! Hassan II avait déclenché une « Marche verte » en 1975, lançant trois cent cinquante mille Marocains en direction de Laâyoune pour persuader Madrid de décoloniser, de rendre le territoire au Maroc. L’initiative avait porté ses fruits. Eh bien, lançons une nouvelle Marche verte, mais qui serait rose, comme ces fleurs récoltées chaque année pendant le festival de Kelaat M’Gouna, dans l’Atlas.

Qu’un million de Marocains s’arment d’un million de bouquets odorants et aillent envahir les camps de Tindouf, distribuant fleurs et hug et déclarations d’amour. On n’aurait aucun problème pour s’entendre puisque, je le répète, de part et d’autre, c’est la même langue, la même religion, la même culture…

Les champs de mines deviendraient des champs de roses. Qui pourrait résister à un tel déferlement d’amitié ? Qui pourrait refuser la main tendue, de frère à frère ? Les habitants des camps rentreraient chez eux, à Laâyoune, à Smara ou à Dakhla, et l’affaire serait réglée. Chiche !

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