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"Cet article est issu du dossier" «Burkina Faso : l'art du rebond»

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Mais oui, le Burkina bouge !

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

La place des Natuons Unies à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. © CC/wikipédia

Les habitants du Soum, qui redoutent plus que jamais le terrorisme islamique, tout comme les chômeurs de Bobo-Dioulasso, qui ne comprennent pas pourquoi ils ne trouvent pas de travail dans la capitale économique du pays, s’impatientent de ne pas voir d’amélioration dans leur quotidien. Et pourtant, le Burkina Faso bouge, et l’année 2017 est appelée à le confirmer.

Une nouvelle Constitution soigneusement peaufinée devrait combler les « tombeurs » de Blaise Compaoré en matière de contre-pouvoirs et de garanties pour de futures alternances pacifiques. Une vigoureuse reprise de l’activité économique commence à être perceptible. Le FMI classe, cette année, le Faso à la sixième place des économies qui seront les plus dynamiques du continent, ex aequo avec le Rwanda. Les augures de Washington jugent même cette croissance assez robuste pour se prolonger au-delà de 2020.

L’État dispose de rentrées fiscales et douanières de plus en plus importantes et pérennes grâce aux progrès des textes réglementaires et au recours au numérique. Le projet de création d’une Caisse des dépôts et consignations laisse espérer que l’épargne et les fonds de retraite des Burkinabè seront bientôt mobilisés en toute sécurité pour financer, par exemple, l’amélioration de l’université et de la formation technique.

Les mines produisent de plus en plus d’onces d’or. Les coupures de courant devraient être moins pénalisantes, à Bobo-Dioulasso avec la mise en eau du barrage hydroélectrique de Samendéni en juin, et à Ouagadougou avec l’entrée en service de la centrale solaire de Zagtouli en septembre.

Les start-up et les entreprises innovantes germent dans tous les secteurs. La capitale se restructure avec le concours des urbanistes du Grand Lyon et l’appui financier de l’Agence française de développement (AFD). Il lui faut être en mesure d’accueillir plus convenablement la vague des 100 000 ruraux qui la rejoignent chaque année et qui, faute de ce volontarisme de la municipalité, risqueraient de s’entasser en périphérie dans des bidonvilles sans eau ni électricité.

Pas de sécheresse ni de pandémie à l’horizon. Les relations avec la Côte d’Ivoire reviennent progressivement à la normale. Les bailleurs de fonds et les ONG ne tarissent pas d’éloges sur un pays qui pourrait bien être l’un des rares à réussir son « printemps », parce que sa culture le porte à une rigueur et à un goût du travail peu communs.

En février et en mars, le succès des 104 films de la sélection officielle du Fespaco a fait un peu oublier les attentats de 2016 aux hôteliers ouagalais, qui ont rempli leurs établissements. « Le problème, soupire l’un d’eux, c’est que, hormis les grands événements tels que le Fespaco, l’activité demeure trop calme et que ce n’est pas la foule ! »

« Trop calme », « trop lent », « trop peu » résume la perception dominante de la situation au pays des Hommes intègres. Et pourtant, celui-ci connaît un exceptionnel « alignement des planètes » en faveur d’un vrai décollage économique et social. Qui l’emportera, de l’impatience populaire ou d’une croissance enfin partagée ?

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