Fermer

Burkina Faso : le parti de l’ex-président Blaise Compaoré reste dans la course

Achille Tapsoba, président par intérim du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP). © Sophie Garcia/ Hanslucas.com pour JA

Le parti de l’ex-président Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) reste divisé sur sa stratégie, et ses membres ne sont toujours pas parvenus à choisir un nouveau chef. D'ici là, Achille Tapsoba assure l'intérim. Le parti reste néanmoins la troisième force politique du pays.

Sur l’avenue Kwame-Nkrumah, l’une des principales artères du centre-ville de Ouagadougou, le siège du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) porte encore les stigmates des jours de colère d’octobre 2014. Tout un symbole. « Le CDP a été fortement affecté par la chute de Blaise Compaoré, la brusque perte du pouvoir et la fuite d’une partie de ses cadres, rappelle Cynthia Ohayon, analyste au sein de l’ONG International Crisis Group et spécialiste du Burkina. Il a aussi été affaibli par ses liens supposés ou réels avec la tentative de coup d’État du 17 septembre 2015. »

En effet, accusée de complicité avec les putschistes, la nouvelle hiérarchie du CDP a été arrêtée dans les mois qui ont suivi le coup d’État : l’homme d’affaires Eddie Komboïgo, qui avait été désigné président du CDP le 10 mai 2015, a été incarcéré de janvier à mai 2016, et l’ancien ministre Léonce Koné, numéro deux du parti, d’octobre 2015 à juillet 2016. Ils ont été libérés mais sont encore inculpés de complicité d’atteinte à la sûreté de l’État, entre autres. Le CDP a perdu non seulement un tiers de ses cadres, mais aussi une bonne partie de ses soutiens financiers.

À la recherche d’un nouveau chef

Pourtant, Achille Tapsoba, le président par intérim du CDP, se montre plutôt optimiste. « Le parti se porte de mieux en mieux. Après les événements d’octobre 2014, puis le putsch manqué de septembre 2015, il a traversé des turbulences, mais aujourd’hui il participe à l’animation de la vie politique. » Même si, pour la première fois de son histoire, il se trouve dans l’opposition, le CDP reste effectivement dans la course.

À l’issue des législatives du 29 novembre 2015, il a obtenu 18 sièges sur 127, derrière le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, 55 élus) et l’Union pour le progrès et le changement de Zéphirin Diabré (UPC, 33 élus). Un score honorable qui l’a positionné comme la troisième force politique du pays et la deuxième formation de l’opposition. Tendance qui s’est confirmée lors du scrutin communal, le 22 mai 2016, où le CDP a remporté un peu plus de 10 % des sièges au sein des conseils municipaux. Il a par ailleurs réussi à mettre sur pied la Coalition pour la démocratie et la réconciliation, qui regroupe les partis de l’ancienne majorité présidentielle.

Les législatives ont montré que le CDP n’a pas été fatalement touché par la chute de l’ancien chef d’État.

« Les législatives ont montré que le CDP n’a pas été fatalement touché par la chute de l’ancien chef d’État. Toutefois, le parti est marqué par des dissensions internes et traversé par plusieurs courants, entre ceux qui, n’ayant toujours pas digéré leur défaite, souhaitent rester en marge du système politique et ceux qui veulent jouer un rôle d’opposition constructive afin de replacer le parti sur l’échiquier. Jusqu’à présent, ces divergences l’ont empêché de désigner un président capable d’impulser le renouveau », souligne Cynthia Ohayon.

Parmi les favoris figurent Achille Tapsoba et l’ex-Premier ministre Ernest Paramanga Yonli. Même si certains militants le disent fragilisé par son âge (69 ans) et par son inculpation, Léonce Koné, qui avait dirigé le directoire au lendemain de l’insurrection populaire, fait figure d’outsider, comme Juliette Bonkoungou, l’ex-ministre de la Fonction publique, ou encore Boureima Badini, l’ancien représentant de Blaise Compaoré dans la crise ivoirienne.

Un congrès en 2018

Pour l’heure, le CDP s’attelle à rasseoir ses structures de base à travers le pays et à élaborer une stratégie de reconquête. Un comité a été constitué pour réorganiser les équipes locales et, surtout, préparer le parti à se doter d’une nouvelle direction à l’issue du congrès ordinaire prévu pour 2018.

Une chose est sûre, Blaise Compaoré reste incontournable. Il pourrait même encore peser dans le choix du successeur d’Eddie Komboïgo. « C’est le fondateur du CDP, il est donc normal que nous lui rendions compte de l’état du parti et de ses perspectives », confirme Achille Tapsoba.

Lire les autres articles du dossier

«Burkina Faso : l'art du rebond»

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro