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Burkina Faso : une embellie économique méritée

L'agriculture reste le premier contributeur au PIB burkinabé. Ici à proximité de Bobo Dioulasso. © Javier Mármol/CC/ Flickr

Tout va mieux sur le plan économique. Le gouvernement burkinabè a saisi la balle au bond et investi en priorité dans les infrastructures et la formation. Reste à transformer l’essai.

Que la croissance du Burkina Faso ait, en 2016, atteint 5,4 %, comme l’a calculé le FMI, ou 6,2 %, comme l’a annoncé le Premier ministre Paul Kaba Thieba lors de son discours sur la situation de la nation, le 14 avril, importe peu. Ce qui compte, c’est que la machine économique burkinabè soit repartie plus vite qu’escompté – malgré l’attentat de janvier – après son coup de mou à 4 % en 2015.

Les causes de cette embellie sont multiples. L’agriculture se porte mieux ; le prix de l’or est remonté au moment où deux nouvelles mines d’or vont entrer en exploitation; la bonne santé de la Côte d’Ivoire bénéficie d’autant plus au Faso que près de 4 millions de Burkinabè y résident et envoient de plus en plus d’argent chez eux ; le prix du pétrole demeure sage ; le bâtiment et les services sont en forme grâce au vigoureux programme d’investissements publics.

Les impôts rentrent mieux

Le gouvernement y est aussi pour quelque chose. Les impôts et taxes rentrent mieux : leur total a progressé de plus de 16 % l’an dernier. Le paiement des factures publiques est plus rapide – il demande vingt-trois jours, contre cinquante-neuf jours en 2015. Les entreprises publiques d’hydrocarbures et d’électricité (Sonabhy et Sonabel) ont été recapitalisées, ce qui leur a permis d’apurer 40 milliards de F CFA (près de 61 millions d’euros) d’arriérés.

Le gouvernement entend atteindre un taux de croissance de 7,7 % par an sur la période 2016-2020

La mise en service, en septembre, des 130 000 panneaux solaires de la centrale de Zagtouli fournira 4 % d’électricité supplémentaire pour un coût du kilowattheure de moins de 40 F CFA, au lieu de 139 F CFA en moyenne. La Sonabel devrait réduire ainsi de moitié ses pertes annuelles !

Le Burkina Faso tient donc ses promesses. Mieux, avec son Plan national de développement économique et social (PNDES) quinquennal, le gouvernement entend atteindre un taux de croissance de 7,7 % par an sur la période 2016-2020, créer 50 000 emplois par an et faire tomber le taux de pauvreté de 40,1 % en 2014 à moins de 35 % en 2020.

Au vu des résultats de 2016, cela semble jouable. À condition que les choix des investissements publics soient rigoureux. Le Premier ministre ne semble pas hésiter le moins du monde quant à ses priorités puisqu’il parle d’énergie et d’éducation-formation dans tous ses discours.

Des engagements financiers pris

Reste à trouver l’argent, et notamment celui qui a été promis lors de la table ronde de Paris, les 7 et 8 décembre 2016. En tout, 42 conventions de financement multilatérales et bilatérales ont été signées au cours de l’année 2016, pour environ 655 milliards de F CFA.

Ce n’est pas assez, comme le souligne le Premier ministre, qui a déclaré à Jeune Afrique : « L’accès aux financements est l’une de nos principales contraintes au moment où nous avons besoin d’investissements structurants. » Aussi pousse-t-il à la création d’une Caisse des dépôts et consignations (CDC) nationale, avec l’appui technique de son homologue française et l’aide financière de l’Agence française de développement (AFD).

Le projet de loi est soumis au Parlement. Il s’agirait que les fonds des caisses de retraite publiques et privées, l’épargne déposée sur les livrets de la Sonapost, les dépôts de garantie des notaires et les réserves des banques soient confiés à la nouvelle institution, placée sous le contrôle du législateur, à l’instar de la CDC française. La future institution burkinabè transformerait ces dépôts à vue ou à court terme en investissements de long terme.

Avec ces fonds, qui pourraient atteindre 500 milliards de F CFA, la CDC pourrait lever des sommes cinq ou six fois supérieures pour investir en capital dans l’énergie renouvelable, les routes, l’université, l’urbanisme, les transports, etc. L’argent national pour financer les infrastructures nationales : un idéal peu souvent réalisé en Afrique…

Plusieurs aléas dans la balance

Toutefois, cette sage gouvernance et ce volontarisme réel sont soumis à des aléas qui peuvent en affecter les résultats. Le premier est, bien sûr, le terrorisme, car la paix est l’ingrédient essentiel du développement.

Le second aléa est social. L’exemple de la riche Côte d’Ivoire voisine, où le climat social est médiocre, doit rappeler aux responsables burkinabè que de bons indicateurs macroéconomiques ne remplissent pas les estomacs et ne font pas taire les frustrations. Pour maintenir la paix sociale, il y a d’autres moyens que les embauches généralisées de fonctionnaires et leurs augmentations salariales. Les gouvernants doivent trouver les mots et les gestes d’équité susceptibles de faire prendre patience à leurs compatriotes sans compromettre les finances publiques.

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