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C’est la France qui a besoin de l’Afrique…

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Le président français François Hollande en compagnie des présidents Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Ibrahim Boubacar Keita (Mali) et Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso) à Paris le 13 avril 2017. © Geoffroy van der Hasselt/AP/SIPA

En un peu moins de trente ans, les Africains auront tout vu en France.

Les ersatz de réformes après le discours de La Baule et le désintérêt de la fin des années Mitterrand ; l’empathie et le paternalisme de Jacques Chirac comme la froide distance de son Premier ministre, Lionel Jospin ; les assauts à la hussarde, les leçons à géométrie variable et les fréquentations douteuses de Nicolas Sarkozy ; l’apprentissage pragmatique d’un François Hollande dont le mandat aura autant été marqué par deux interventions militaires que par ses valses-hésitations en matière de respect des principes démocratiques et des processus électoraux.

Seul dénominateur commun : à chaque élection, on nous promet l’aggiornamento que tout le monde appelle de ses vœux. À l’heure du bilan, force est de constater que la realpolitik s’est systématiquement rappelée au bon souvenir des élus.

Il n’aura échappé à personne que le cru 2017 de la présidentielle française – véritable polar à rebondissements – n’a pas brillé sur le sujet. L’Afrique, à de rares exceptions près, en dehors des prismes migratoire ou sécuritaire, a été particulièrement absente des débats. En tout cas de manière consistante, intelligible et concrète. Étrange, me direz-vous, car le continent, de plus en plus prisé économiquement par les Européens, les Américains (du Nord comme du Sud) et les Asiatiques, représente la dernière zone de la planète où la France jouit d’une certaine influence…

L’Afrique, ce marché gigantesque

Omar Bongo a eu un jour cette formule amusante : « L’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. » Ce temps est révolu. Le continent change à très grande vitesse, n’en déplaise aux plus sceptiques. Qu’on le veuille ou non, c’est à terme un marché gigantesque. Un milliard d’âmes, dont le tiers représente une classe moyenne qui consomme, se déplace, investit, se divertit. Des matières premières à foison, des terres cultivables, de l’eau à profusion, une population jeune et dynamique qui s’est emparée de la révolution numérique en un tournemain. Et une croissance économique moyenne de plus de 5 % par an depuis le début du nouveau millénaire.

Aujourd’hui, les Africains n’attendent plus rien de Paris, qui ne fait pas grand-chose pour susciter la nostalgie. Les entrepreneurs – comme les politiques d’ailleurs – ont effectué un virage à 180 degrés, et les jeunes rêvent désormais d’aller étudier aux États-Unis ou au Canada. Bref, hormis pour une poignée de dirigeants, sans doute atteints du syndrome de Stockholm, l’Afrique n’a plus vraiment besoin de la France.

À la recherche du temps perdu

C’est donc à cette dernière, et dans son intérêt, de reconquérir les cœurs. Elle a pourtant, pour peu qu’elle se réveille enfin et regarde la réalité en face, de nombreux atouts dans sa manche. Une langue parlée dans près de la moitié des pays du continent ; une véritable connaissance du terrain, des acteurs et des usages ; des entreprises qui peuvent répondre aux multiples besoins exprimés, de Tunis au Cap ; enfin, une population d’origine africaine importante. Les liens comme les intérêts communs crèvent les yeux.

Le prochain président sera peut-être le dernier à pouvoir rattraper le temps perdu et reconstruire une relation saine, débarrassée du carcan de la colonisation, de la condescendance qu’affectionnent certaines élites françaises, des arapèdes de la Françafrique comme des barbouzes et des aventuriers qui se prennent pour des Bob Denard des temps modernes. Après, il sera sans doute trop tard.

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