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Théâtre : avec son spectacle « Bled Runner », le comique algérien Fellag joue les réconciliateurs

L'humoriste Fellag © Christophe Vootz

C’est assez incompréhensible, mais l’ONU n’a pas encore envisagé de créer un statut particulier pour Fellag, qui fait pourtant plus pour la pacification des peuples que beaucoup de Casques bleus.

Après un triomphe au théâtre du Rond-Point, le comique algérien en tournée française livre un spectacle à triple détente. Le show, intitulé Bled Runner, best of ultra-rythmé de ses pièces précédentes, réussit en effet à faire rire trois fois à la même blague.

Une première lorsque la vanne est dite en arabe, une deuxième quand elle est expliquée en français, une troisième lorsque la diaspora algérienne et le public tricolore se rendent compte que, finalement, ils sont capables de se gondoler à propos des mêmes sujets.

Douceur et intelligence

Pourtant, les thématiques abordées font généralement grincer des dents : colonisation, guerre d’Algérie, immigration, racisme ordinaire… Il faut toute la douceur, l’intelligence et le métier de l’artiste, 66 ans, pour faire passer des pilules grosses comme des obus.

Ce spectacle cathartique est également une manière de boucler un travail sur l’Algérie et sur son propre parcours entamé avec Djurdjurassic Bled en 1995. Mis en scène par sa complice de longue date Marianne Epin, Fellag fait le funambule sur le fil rouge de sa propre vie. Il est le petit blédard des montagnes qui voit arriver les premiers Français… noirs, des tirailleurs sénégalais. Et l’artiste confirmé qui fuit son pays pendant la décennie noire pour se retrouver en France, « cette Algérie française qui a réussi ».

Un début de la réconciliation

À mesure que le temps s’écoule, les fantômes s’entremêlent, créant un univers surréaliste et poétique où se côtoient djinns, « muristes » (garçons adossés aux murs, version arabe des existentialistes), mécano autodidacte professionnel… Quand les lumières se rallument, il faut quelques secondes avant que la réalité se refasse une place dans le théâtre et que, sous les youyous et les bravos, Fellag savoure, d’un sourire humble, le début de réconciliation qu’il a engagé.

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