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Aérien : Air Austral et son ambitieux plan de vol pour devenir leader de l’aérien dans l’océan Indien

Après avoir frôlé la faillite, la compagnie régionale a convaincu en montrant sa capacité à se restructurer. © By Masahiro TAKAGI from Ichikawa, Chiba, Japan - DSC08266, CC BY 2.0

Le transporteur réunionnais, Air Austral a été choisi pour relancer Air Madagascar, empêtrée dans de graves difficultés financières. Un premier pas pour devenir un acteur incontournable dans l’océan Indien.

L’encre de la lettre d’intention signée au début d’avril avec les autorités malgaches est encore toute fraîche. Et pour Marie-Joseph Malé, PDG d’Air Austral (345 millions d’euros de CA en 2016), entrée en négociation exclusive pour devenir le partenaire stratégique d’Air Madagascar pour dix ans, et ainsi acquérir 49 % de son capital, c’est une nouvelle bataille qui s’engage.

Ce sont 40 millions de dollars qu’il lui faut trouver au mieux d’ici au 31 mai auprès d’investisseurs et de bailleurs de fonds malgaches et internationaux pour amorcer la première phase d’un redécollage en trois ans de la compagnie nationale malgache.

Le redressement opéré par Air Austral a clairement montré que ses dirigeants disposaient de toutes les compétences requises pour aider Air Madagascar.

Sortie de la liste noire des compagnies aériennes de l’Union européenne (« l’annexe B ») en juin 2016 au prix de nombreux efforts, Air Madagascar est empêtrée depuis des années dans de graves difficultés financières et managériales. Alors qu’une filiale sera créée pour porter l’investissement dans Air Madagascar, « tous les comptes seront remis à zéro », assure le dirigeant d’Air Austral, qui n’aura donc pas à supporter le poids du lourd passif de la compagnie nationale malgache, laquelle restera aux mains du gouvernement de la Grande Île. Les conditions de l’apurement sont en discussion.

Restructuration 

Sélectionnée à la mi-mars contre toute attente face au géant des airs Ethiopian Airlines, la compagnie régionale réunionnaise aura avant tout convaincu les autorités par la capacité qu’elle a eue à se restructurer elle-même à partir de 2013, époque où elle avait frôlé la faillite. « Le redressement opéré par Air Austral a clairement montré que ses dirigeants disposaient de toutes les compétences requises pour aider Air Madagascar », avait indiqué en mars à Jeune Afrique Jean-Marc Bourreau, directeur d’exploitation du cabinet IOS Partners, mandaté par la Banque mondiale pour conduire le processus de sélection.

Présente sur les lignes long-courriers entre la Réunion et Paris (un tiers de son trafic) depuis 2003, Air Austral accusait alors un déficit de 180 millions d’euros. Sa remise à flot était passée à l’époque par une thérapie de choc : des suppressions de postes, l’abandon de dessertes déficitaires de villes de province de France métropolitaine et de sa ligne vers l’Australie – dont le lancement fut un échec commercial –, une renégociation des contrats de catering et de maintenance, l’annulation de la commande d’un Airbus A380 de 840 places…

Elle aura ainsi réussi à baisser ses charges d’exploitation en renouvelant notamment sa flotte avec des appareils plus performants (2 Dreamliner), à monter en gamme en misant sur les cabines affaires, se renflouant et renouant avec les bénéfices depuis 2014.

Synergie

Tout cela en créant avec succès en 2013 une filiale, Ewa Air, basée à Mayotte, déjà bénéficiaire et qui profite du développement des échanges dans le canal du Mozambique, où de nombreux gisements de gaz ont été découverts. Une baisse des coûts qui demeure le mantra de Marie-Joseph Malé pour Air Madagascar.

Même si nos flottes long-courriers sont un peu différentes, nous avons tous les deux des Boeing et des ATR. Air Austral envoie actuellement ses avions en métropole pour la maintenance, elle pourrait le faire par exemple à Madagascar, où il y a les compétences.

Si l’audit de la compagnie nationale malgache est toujours en cours, notamment dans l’évaluation de ses ressources humaines (1 400 employés pour 10 avions), et s’il se refuse à détailler les contours de sa stratégie future, son PDG entrevoit déjà « des convergences évidentes où des synergies peuvent être opérées, en matière de maintenance et de stock de pièces détachées ». « Même si nos flottes long-courriers sont un peu différentes, poursuit-il, nous avons tous les deux des Boeing et des ATR. Air Austral envoie actuellement ses avions en métropole pour la maintenance, elle pourrait le faire par exemple à Madagascar, où il y a les compétences. »

La seule alternative aujourd’hui pour assurer la viabilité d’une compagnie, ce sont les partenariats, les fusions

À peine relevé de ses turbulences, Air Austral aura-t-elle les reins suffisamment solides pour porter la relance de son partenaire malgache ? « Quand on travaille en synergie sur la maintenance, par exemple, on augmente les recettes de la structure qui la gère. C’est le meilleur moyen de faire baisser les coûts, d’augmenter la productivité des personnels, d’optimiser l’utilisation des appareils, de mieux négocier les contrats divers. Cela permet surtout d’offrir à ses clients de nouvelles connexions, des tarifs proches de ceux de la concurrence et, surtout, de minimiser les risques », souligne Didier Bréchemier, spécialiste du transport aérien au sein du cabinet Roland Berger, pour qui « la seule alternative aujourd’hui pour assurer la viabilité d’une compagnie, ce sont les partenariats, les fusions ».

Au rang des économies, l’approvisionnement en fuel, moins cher dans le département français qu’à Madagascar, apparaît comme une des pistes de mutualisation. Des synergies commerciales sont également à l’ordre du jour, notamment avec l’exploitation commune de dessertes de la province malgache – où les deux compagnies sont actuellement concurrentes –, le développement des correspondances et des partages de code.

Il est plus facile de remplir un avion de 260 sièges à deux que tout seul

Comme l’illustre déjà le lancement en février de la première ligne en commun Tananarive-La Réunion-Canton en remplacement du Tananarive-Bangkok-Canton, assuré jusque-là par « Air Mad ». « Il est plus facile de remplir un avion de 260 sièges à deux que tout seul », explique Marie-Joseph Malé, qui dit ne pas souhaiter une vassalisation d’Air Madagascar par Air Austral, mais au contraire le maintien des deux hubs, Tananarive aux côtés de Saint-Denis-de-La-Réunion, avec un développement des vols domestiques, régionaux et internationaux, en visant le potentiel touristique dont regorge Madagascar.

Latitude

Par ailleurs, comme l’affirme le PDG d’Air Austral, en plus du renforcement envisagé des lignes vers l’Afrique du Sud, il est prévu d’ouvrir une liaison Tananarive-Johannesburg via La Réunion. De même, un partenariat est sur le point d’être noué avec Kenya Airways (qui fut aussi en lice pour devenir partenaire d’Air Madagascar) pour développer des liaisons vers l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest.

Air Austral volant déjà vers Bangkok, en Thaïlande, et Chennai, en Inde. Le rapprochement entre les deux compagnies des îles Vanille est d’autant plus stratégique que, rudement concurrencée sur son propre marché par Air France, Corsair, XL Airlines et bientôt la low-cost long-courrier French Blue sur un trafic qui progresse modestement, Air Austral se sent un peu à l’étroit.

Sur un marché devenu surcapacitaire, le nouvel ensemble aura donc toute latitude pour offrir un portefeuille varié de destinations touristiques. Et, pourquoi pas, d’après les experts, se fondre un jour avec Air Mauritius ou Air Seychelles pour créer un acteur local important dans l’océan Indien. Et baisser les coûts pour voler encore plus haut.


Marie-Joseph Malé, cost-killer

PDG depuis avril 2012 d’Air Austral, qu’il a réussi à redresser au prix d’une drastique baisse des coûts, Marie-Joseph Malé arrivera-t-il à appliquer la même recette à Air Madagascar ? Ce polytechnicien de 56 ans, diplômé des Ponts et Chaussées, né au Cameroun dans une famille originaire du sud de l’Inde et qui a grandi à Madagascar, possède une expérience certaine dans les activités d’audit interne et de gestion des risques, acquise comme directeur général d’Air France Consulting puis chez Air France-KLM.

Un profil qui aura sans doute convaincu les autorités malgaches. D’autant plus que, un temps membre de l’état-major d’Air France, il a aussi enchaîné de nombreux postes prestigieux à l’international (directeur États-Unis et Asie-Pacifique d’Air France). Il a ainsi été, en 1999, le premier directeur général de l’alliance SkyTeam

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