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Bénin : sur l’échiquier politique, les jeux sont loin d’être faits

Emmanuel Golou, le président du Parti social-démocrate et du comité Afrique de l’Internationale socialiste au Bénin. © Antoine Tempé pour JA

Comme son prédécesseur, Patrice Talon a été élu sans étiquette. Des personnalités venues de tous horizons l’ont rejoint. D’autres hésitent à s’afficher dans une opposition en pleine reconstruction.

«L’opposition est un enfer, l’heure est aux rassemblements, pas aux alliances de circonstance », s’exclamait fin janvier Augustin Ahouanvoébla, représentant du Parti du renouveau démocratique (PRD), la formation d’Adrien Houngbédji, lors du congrès d’Alternative citoyenne, le parti du ministre de la Justice, Joseph Djogbénou, qui soutient Patrice Talon.

Cette phrase lâchée par un ancien membre de l’alliance PRD-Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) pro-Zinsou finalement rallié au panache de Patrice Talon en dit long sur la recomposition de l’échiquier politique béninois.

Situation inconfortable

Faut-il s’afficher dans une opposition en totale reconstruction ou bien participer à l’effort de modernisation du pays proposé par Patrice Talon ? C’est la question que semblent se poser des personnalités aussi différentes que le président de la Renaissance du Bénin (RB), Léhady Soglo, ou celui du Parti social-démocrate (PSD), Emmanuel Golou, qui avaient déjà eu bien du mal à trouver leurs marques lors de la campagne présidentielle de 2016.

Le président Talon exerce le pouvoir en solitaire, or ce n’est pas bon pour un pays qui a un besoin urgent d’unir ses forces pour mener le combat contre la pauvreté

Le maire de Cotonou a en effet soutenu la candidature de Lionel Zinsou contre l’avis de certains membres de la RB, dont ses parents, Nicéphore et Rosine Soglo. Mais, alors qu’une majorité de députés et plusieurs cadres de son parti ont choisi ces derniers mois de soutenir Patrice Talon et que les opérations de déguerpissement menées à Cotonou ont aiguisé les tensions avec la préfecture, Léhady Soglo s’est jusqu’à présent gardé d’attaquer frontalement le chef de l’État. Dans le collimateur de ce dernier, il se trouve dans une situation très inconfortable.

Solitaire

« Le président Talon exerce le pouvoir en solitaire, or ce n’est pas bon pour un pays qui a un besoin urgent d’unir ses forces pour mener le combat contre la pauvreté », déplore de son côté le député Emmanuel Golou, président du comité Afrique de l’Internationale socialiste (IS), qui se considère comme « le seul vrai candidat de gauche ».

Je suis un opposant constructif, j’essaie d’être réaliste. Mais je n’irai que si l’on vient me chercher

Face à l’incapacité de l’Union fait la nation (UN) de s’accorder sur une candidature unique, il ne s’est pas présenté à la présidentielle de 2016 et a appelé à voter pour Sébastien Ajavon. Toutefois, lorsqu’on lui demande si, le cas échéant, cela ne dérangerait pas l’homme de gauche qu’il est de rejoindre un gouvernement d’obédience plutôt libérale, Emmanuel Golou ne semble pas totalement réticent. « Je suis un opposant constructif, j’essaie d’être réaliste, concède-t-il. Mais je n’irai que si l’on vient me chercher, et cela fera l’objet d’une discussion au sein de mon parti. »

« Complot »

Enfin, pour Sébastien Ajavon, les premiers pas en politique ont pris un goût amer. Arrivé troisième à l’issue du premier tour de la présidentielle, le 6 mars 2016, avec près de 23 % des suffrages, l’homme d’affaires a soutenu la candidature de Patrice Talon au second tour. Mais cette alliance a fait long feu. Arrêté le 28 octobre, puis relaxé « pour insuffisance de preuves » le 4 novembre après que la gendarmerie a saisi 18 kg de cocaïne dans un conteneur destiné à sa société, Cajaf-Comon,

Chaque jour éclôt un nouveau chef de parti

Sébastien Ajavon a dénoncé un « complot politique ». À la mi-janvier, il a finalement décidé de démissionner du conseil d’administration de son groupe afin que ce dernier ne soit pas pénalisé par son engagement. Depuis, il ne s’est pas prononcé sur les suites qu’il souhaite donner à sa carrière politique. Mais il s’organise en coulisses pour préparer les prochaines échéances électorales (législatives en 2020, présidentielle en 2021).

Dans ce contexte d’émiettement des formations, « où chaque jour éclôt un nouveau chef de parti », comme le déplore Emmanuel Golou, de nouvelles voix se font cependant entendre.

Parmi elles, celle de Léonce Houngbadji, le leader du jeune Parti pour la libération du peuple (PLP) créé en avril 2016. Lui joue la carte de l’opposition systématique et se pose en victime de « la dictature Talon ». À 34 ans, il se dit idéologiquement proche du Français Emmanuel Macron et à même d’incarner les aspirations des jeunes générations à dépasser les clivages gauche-droite et à renouveler la classe politique béninoise.