Dossier

"Cet article est issu du dossier" «Bénin : des promesses aux projets»

Consulter le sommaire

Bénin : en attendant la reprise

par

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Le Programme d’actions du gouvernement (PAG) présenté le 16 décembre par le président du Bénin, Patrice Talon, prévoit 9 039 milliards de F CFA (13,8 milliards d’euros) pour la période de 2016 à 2021. Ici, le chef d'État béninois lors de l'Assemblée générale des Nations Unies le 22 septembre 2016. © Richard Drew/AP/SIPA

L’économie béninoise n’est pas au mieux de sa forme. Depuis deux ans, sa croissance faiblit : 6,5 % en 2014, 5 % en 2015, 4,6 % en 2016.

Les causes de cet affaissement sont externes. Il y a d’abord le Nigeria, dont la récession, due à la chute des cours du pétrole, a rudement affecté son petit voisin (économiquement 33 fois plus petit), car 80 % des marchandises importées du Bénin lui sont en fait destinées. Il y a aussi les pluies erratiques provoquées par le phénomène météorologique El Niño, qui a fait chuter la production de coton de 400 000 tonnes en 2015 à 300 000 t en 2016.

Comment s’étonner, dans ces conditions, que les impôts et les taxes douanières rentrent mal, privant les gouvernements de moyens financiers pour affronter ses vents défavorables ? Comment s’étonner aussi que les Béninois tirent le diable par la queue et qu’ils soient plus nombreux qu’en 2009 à vivre au-dessous du seuil de pauvreté ?

Alors que la politique budgétaire était en général saine les années précédentes, le déficit budgétaire s’est creusé à 8,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015 avec la continuation des dépassements de dépenses au premier trimestre de l’année 2016

Héritage économique difficile

Le régime finissant du précédent président, Boni Yayi, avait bien tenté de réagir, mais d’une façon dangereuse, qu’avait vivement critiquée le FMI en juin 2016. L’institution de Bretton Woods estimait alors que le gouvernement formé après la victoire de Patrice Talon à l’élection présidentielle du mois de mars avait « trouvé une situation macroéconomique et de trésorerie difficile ».

Et le texte de poursuivre : « Alors que la politique budgétaire était en général saine les années précédentes, le déficit budgétaire s’est creusé à 8,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015 avec la continuation des dépassements de dépenses au premier trimestre de l’année 2016. Cette accentuation du déficit budgétaire a été financée par de fortes émissions d’obligations sur le marché financier régional, augmentant considérablement le service futur de la dette. Pire […], des contrats ont été signés pour des projets hors budget à hauteur d’environ 24 % du PIB. »

Ces prêts étaient coûteux et à échéance courte. Les projets ainsi financés ont été baptisés partenariats public-privé « à tort », ce qui a permis de contourner les procédures normales de passation des marchés. Le FMI exprimait ses « préoccupations graves quant à la gouvernance et à la qualité » du dispositif. Le niveau des dettes attendu risquait de mettre « en péril la stabilité macroéconomique dans les années à venir ».

Le nouveau gouvernement est parvenu à stopper la majorité de ces projets « opaques » avant qu’ils ne soient mis en œuvre. Serait-ce le bout du tunnel ? Un certain nombre de signes le laissent penser. Selon le FMI, le Nigeria devrait sortir de récession en 2017. El Niño devrait cesser de détraquer le climat en Afrique. Les cours du coton sont orientés à la hausse, et les experts prédisent une poursuite de ce redressement.

Il veut redresser le Bénin, créer des emplois formels, améliorer sa gouvernance et son système éducatif

Coup de pouce du FMI

Pour accélérer la reprise, le gouvernement a élaboré un plan d’actions stratégiques prévoyant d’injecter plus de 9 000 milliards de F CFA (13,7 milliards d’euros) dans 45 projets phares  afin de créer 500 000 emplois en cinq ans dans le tourisme, l’industrie, l’agroalimentaire et les infrastructures. Il a aussi mis en chantier des réformes pour améliorer le climat des affaires et augmenter les recettes publiques.

Le FMI a été convaincu de la crédibilité de ces réformes et de la viabilité de ces plans, et, le 22 février, ses négociateurs sont tombés d’accord avec le gouvernement sur un programme économique triennal assorti d’un prêt d’environ 150,4 millions de dollars (environ 142 millions d’euros).

« Voilà un pays qui avait une courbe de croissance plutôt correcte, en moyenne de 5 % par an, mais le gouvernement veut passer à la vitesse supérieure, c’est‑à-dire à 7 % ou à 9 %, et c’est une nouveauté, analyse Meissa Tall, associé conseil chez Deloitte. Il veut redresser le Bénin, créer des emplois formels, améliorer sa gouvernance et son système éducatif. Pour cela, il a ciblé 45 secteurs prioritaires capables d’attirer des devises et, surtout, les capitaux qui lui font cruellement défaut pour réaliser les infrastructures routières, portuaires ou aéroportuaires dont le pays a besoin. Il faut savoir que les investissements étrangers au Bénin représentent seulement 2 % de son PIB, alors qu’ils pèsent 10 % du PIB au Maroc ! »

Le coup de pouce du FMI vient donc à point nommé pour persuader les investisseurs que le Bénin peut devenir une terre d’opportunités. Aux Béninois d’en faire bon usage.

Couverture

Exclusivité : - 30% sur votre édition digitale


Couverture

+ LE HORS-SERIE FINANCE OFFERT dans votre abonnement digital. Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez !

Je m'abonne à Jeune Afrique