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Littérature : et il est comment le dernier… Chimamanda Ngozi Adichie

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, de Chimamanda Ngozi Adichie, est publié aux éditions Gallimard. © Gallimard

Chimamanda Ngozi Adichie est une grande romancière. Une très grande, même, et ses livres resteront : L’Autre Moitié du soleil, L’Hibiscus pourpre, Americanah… C’est aussi une essayiste engagée à qui l’on doit Nous sommes tous des féministes, publié en 2014, et Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, qui vient de paraître.

Ce dernier texte est court, moins de 80 pages, et prend la forme d’une missive adressée à une amie d’enfance dans laquelle l’écrivaine nigériane prodigue « quinze suggestions » visant à donner à une petite fille, Chizalum Adaora, une éducation féministe.

La litanie des conseils est longue, par exemple : « Apprends-lui que les “rôles de genre” n’ont absolument aucun sens. Ne t’avise jamais de lui dire qu’elle devrait ou ne devrait pas faire quelque chose “parce que tu es une fille” », ou « ne présente jamais le mariage comme un accomplissement », ou encore « pèse soigneusement ta façon d’aborder son apparence physique ».

À bas les clichés sexistes

Pourfendant ce qu’elle appelle le « féminisme light », c’est-à-dire « l’idée selon laquelle il y aurait des conditions à l’égalité entre hommes et femmes », Chimamanda Ngozi Adichie explore et condamne le monde des clichés sexistes qui gouvernent et commandent notre vocabulaire, nos goûts, nos habitudes, nos comportements. Avec une vaste réserve de bon sens, elle prodigue ses conseils de vie pour éviter les pièges de la vision dominante, généralement masculine. C’est bien écrit, assez subtilement vu, et dans l’ensemble pertinent.

Pourtant, au fond, Chère Ijeawele est un texte sans grande ampleur qui n’apporte pas grand-chose à la cause féministe. L’auteur godille à la surface du problème, sans jamais prendre de risque, sans jamais ruer, sans jamais griffer.

Une analyse de surface

Bien sûr, elle s’emporte contre le fait que certains magasins proposent des vêtements bleus pour les garçons et des vêtements roses pour les filles, mais jamais elle ne s’insurge contre les lois du marketing qui nous dominent et nous enferment dans des cases selon notre sexe, notre âge, nos origines, notre condition sociale.

Bien sûr, elle fustige la tradition patriarcale qui voudrait, encore et toujours, envoyer les femmes dans les cuisines, mais rien contre ces magazines qui réduisent les femmes à des mensurations Barbie et font disparaître à grand renfort d’effets numériques poils et pores de leur peau, rien contre les prescriptions ultrasexuées des grandes entreprises ou du monde de la publicité et, partant, du capitalisme contemporain.

On pourrait multiplier les exemples, mais à quoi bon accentuer le sentiment de déception que procure la lecture de ce petit guide allégé à la couverture mauve qui ne dérangera personne – et surtout pas l’ordre (sexiste) des choses ?

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