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"Cet article est issu du dossier" «Bénin : des promesses aux projets»

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Patrice Talon : un an, un tournant

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Vincent Duhem est journaliste à Jeune Afrique depuis 2012. Spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et centrale, il couvre en particulier l’actualité du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et de la Centrafrique.

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Patrice Talon à la tribune des Nations Unies, à New York, le 22 septembre 2016. © Seth Wenig/AP/SIPA

Quand le temps sera venu de dresser le bilan du quinquennat de Patrice Talon, dira-t-on de la séquence qui amena les députés à refuser d’examiner le projet de révision constitutionnelle qu’elle fut un tournant ? C’est fort probable. Car elle fait entrer le mandat du président béninois dans une nouvelle ère, un an tout juste après son investiture.

Depuis son élection, en mars 2016, l’ancien homme d’affaires semblait disposer d’une marge de manœuvre confortable. Aucune personnalité politique d’envergure n’osait alors le critiquer publiquement. Et, bien que le chef de l’État n’ait autour de lui aucun parti, il semblait bénéficier d’une large majorité au Parlement et même en avoir le contrôle.

En quelques jours, la situation est devenue tout autre. La parole s’est comme libérée, en même temps que l’état de grâce présidentiel s’est délité.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Il y a d’abord ce système politique gangrené, où l’argent roi dicte les prises de décisions, où les majorités se font et se défont à coups de millions de francs CFA. Un système auquel le chef de l’État dit vouloir mettre fin – même si beaucoup l’accusent de l’entretenir lui-même. Quand, le 4 avril, Rosine Vieyra Soglo a déclaré, soulevant une vague d’indignation dans l’hémicycle, que « tous les députés ont reçu de l’argent pour voter » en faveur du projet, elle n’avait pas tort. Certains auraient même pris des enveloppes à plusieurs guichets.

Morosité sociale 

Cela n’explique pas tout. Il existe actuellement au Bénin un véritable malaise, né d’un contexte social morose. S’y ajoute une compréhension difficile entre un chef de l’État élu notamment pour son assise financière et un peuple qui voit son quotidien devenir plus insupportable chaque jour. Par exemple, comment demander à des commerçants fragilisés de reconnaître la pertinence de mesures comme les opérations de déguerpissement ? Pour y parvenir, sans doute aurait-il fallu au président un tact qui, depuis quelques mois, lui fait défaut.

Aujourd’hui, force est de constater que Patrice Talon ne peut plus continuer à foncer droit devant, même s’il est convaincu du bien-fondé de ses décisions. Il lui faut trouver la méthode adéquate, le bon tempo. Car à vouloir aller trop vite, bousculer le temps, on risque de bafouer l’État de droit, ses principes, ses institutions, et de mettre en péril les fondements mêmes de la nation.

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