Renaud Girard : « On n’intervient pas à l’étranger pour faire plaisir à Bernard-Henri Lévy »

Renaud Girard est éditorialiste au Figaro et reporter de guerre. © Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

Énarque, éditorialiste au Figaro et reporter de guerre, ce bon connaisseur de l’Afrique développe dans son dernier livre des conceptions très personnelles. Entre patriotisme et anti-ingérence.

À quelques semaines de l’élection présidentielle française, notre confrère Renaud Girard, du Figaro, publie Quelle diplomatie pour la France ? Prendre les réalités telles qu’elles sont. Un livre qu’il qualifie lui-même de vade-mecum à l’intention des candidats. « S’ils l’aiment, ils peuvent toujours me nommer ministre des Affaires étrangères », plaisante ce gaulliste convaincu, reconnu pour la pertinence de ses analyses géopolitiques.

Jeune Afrique : Qu’avez-vous pensé de la sortie d’Emmanuel Macron selon laquelle le colonialisme a constitué un crime contre l’humanité ?

Renaud Girard : Lorsqu’il a dit ça en Algérie, il aurait dû prendre en considération le fait que ses hôtes étaient presque tous arabophones et musulmans. Pourquoi ? Parce qu’il y a longtemps de cela ils ont été colonisés par des Arabes venus de la péninsule arabique…

Vous semblez inquiet de la pression démographique en Afrique. Mais n’est-elle pas aussi une richesse ?

Non, la démographie galopante devient un frein au développement. Elle pousse les jeunes vers des villes surpeuplées, elle déracine, elle incite à l’immigration à cause du sous-emploi… Les États africains devraient songer à créer des plannings familiaux plus efficaces.

Êtes-vous pour ou contre la libération de Laurent Gbagbo ?

Pour, sauf si on me démontre qu’il est directement impliqué dans les assassinats du Novotel d’Abidjan. Mais il faut aussi que la vérité soit faite sur le massacre commis en mars 2011 à Duékoué par des pro-Ouattara – l’actuel président ivoirien n’y étant, bien sûr, pour rien. Pour permettre la réconciliation, la justice ne peut regarder que d’un seul côté…

Kadhafi était un partenaire dans la lutte contre l’immigration clandestine

Êtes-vous opposé à toute forme d’intervention militaire française à l’étranger ?

J’étais contre la guerre en Libye, et je crois avoir eu raison de l’être. On n’intervient pas à l’étranger pour faire plaisir à Bernard-Henri Lévy et aux clowns qu’il nous a ramenés à l’hôtel Raphaël [certains rebelles libyens] ! L’intervention en Libye, c’était le retour par des voies détournées de la pulsion coloniale. Une intervention doit profiter aux pays concernés.

Or les Libyens n’ont fait que troquer la dictature contre l’anarchie et la guerre civile… Et puis, Kadhafi était un partenaire dans la lutte contre l’immigration clandestine. Il se trouve que nous avons bombardé des radars offerts par l’UE afin de repérer les trafiquants d’êtres humains !

Enfin, une intervention ne peut selon moi être déclenchée qu’avec le feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies. Cela dit, je ne suis pas hostile à toute forme d’action extérieure. Même si certaines opérations ont été inefficaces, comme au Rwanda, il me semble que nombre de pays africains comptent sur la France pour les aider à assurer la sécurité sur le continent.

L’humanitaire ne peut résoudre tous les problèmes

En Libye, vous préconisez de parler au maréchal Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne…

Oui, mais par ailleurs, les islamistes modérés de Tripolitaine peuvent aussi être des partenaires, parce qu’ils sont très engagés contre l’État islamique. La diplomatie française doit apprendre à parler aux groupes de ce type. Nous manquons de ce savoir-faire, de cette souplesse qui existaient encore au sortir de la colonisation…

Le mot « humanitaire » est presque absent de votre livre…

Bien sûr, certains humanitaires, catholiques notamment, aident les populations locales. Je me souviens d’un voyage dans le nord de la Centrafrique où il n’y avait rien… hormis une mission catholique italienne. Mais l’humanitaire ne peut résoudre tous les problèmes. Le rôle d’un pays comme la France ne peut se limiter à ça. Il est d’abord de soutenir la construction d’États de droit. Et la coopération doit s’accompagner d’engagements précis, notamment en matière de lutte contre l’immigration.

Vous faites de la Zambie un modèle…

Personne ou presque en France ne connaît le nom du président zambien, mais sur place, ça roule, qu’il s’agisse du respect du droit, de la sécurité ou de la gestion des ressources minières. Comme disait Barack Obama, l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes capables de garantir le développement économique.

Faut-il parler aux autocrates ?

Le rôle de la diplomatie, c’est de parler à des gens qui vous sont étrangers. Et éventuellement hostiles.

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