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L’OMS aux Africains

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Réunion du conseil exécutif de l'Organisation mondiale de la santé à Genève le 23 janvier 2017. © Salvatore di Nolfi/AP/SIPA

En mai prochain, les 194 États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se réuniront en assemblée pour élire le futur directeur général de l’institution, qui succédera officiellement à Margaret Chan le 1er juillet.

Ils étaient cinq principaux prétendants sur la ligne de départ : la Pakistanaise Sania Nishtar, l’Italienne Flavia Bustreo, le Français Philippe Douste-Blazy, le Britannique David Nabarro et l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Fin janvier, à l’issue d’une séance particulièrement longue, le comité exécutif de l’OMS a sélectionné les trois derniers finalistes, Nabarro (18 voix), Nishtar (28 voix) et Adhanom (30 voix). Nous avons rencontré et interviewé ce dernier en octobre 2016, puis fin mars. Il nous paraît, pour de multiples raisons, être l’homme de la situation, compte tenu de son expérience – il a été, entre autres, ministre de la Santé et des Affaires étrangères de son pays, ainsi que président du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme –, de son cursus – il est titulaire d’un doctorat en santé communautaire et d’un master de sciences dans le domaine de l’immunologie et des maladies infectieuses –, de son programme, de la multitude de travaux remarquables sur la santé publique qu’il a publiés et, ne nous en cachons pas, parce qu’il est africain et vient donc d’un continent déjà largement sous-représenté dans la quasi-totalité des institutions internationales et qui concentre par ailleurs la plupart des problématiques dont devrait se saisir l’OMS.

Si l’organisation est avant tout ce que ses États membres veulent en faire, elle a aujourd’hui un besoin vital de se réformer. Il lui faut donc un dirigeant qui saura allier fermeté, diplomatie et force de conviction pour la transformer en profondeur et bousculer les pesanteurs.

Indispensable cadre d’élaboration de normes et de recommandations sanitaires, l’OMS souffre de sa bureaucratie étouffante et d’une bien trop faible capacité de réaction. Elle a ainsi mis un temps infini à agir lors de l’épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, en 2014, qui a fait plus de 11 000 morts. Et a peiné à récolter les fonds nécessaires à la lutte contre le virus Zika.

Ce déficit de financement – son budget n’est que de 4,5 milliards de dollars pour 2016 et 2017, dont 80 % proviennent de contributions volontaires et la moitié des seuls États-Unis, Royaume-Uni et Fondation Gates ! – est d’ailleurs récurrent et l’empêche de mettre en place les dispositifs d’urgence indispensables en cas de pandémies, comme les programmes de développement des systèmes de santé, dont les pays les plus démunis ont grand besoin. Enfin, il lui faudra également régler la question de sa gouvernance globale, pour le moins erratique, le siège genevois étant censé centraliser et coordonner l’action des six bureaux régionaux, lesquels n’en font qu’à leur tête…

Autant de défis et de chantiers incontournables qui, sans nier les qualités de ses concurrents, semblent à la portée d’un homme ayant eu à gérer dans son pays des problèmes de santé parmi les plus pressants avec des ressources limitées lorsqu’il était titulaire du maroquin de la Santé, entre 2005 et 2012.

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