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Cinéma – Dieudo Hamadi : « Je veux montrer la réalité de la société congolaise »

Par - Correspondante à Berlin

Dieudonné Hamadi à Paris, le 28 mars 2017 © Frédérique Jouval pour JA

Avec Maman Colonelle, son dernier film, le cinéaste s’intéresse aux violences faites aux femmes et aux enfants sorciers dans son pays.

Àl’âge de 33 ans, Dieudo Hamadi fait partie de la génération montante des cinéastes congolais. Après avoir obtenu un prix du public à Berlin, son dernier documentaire, Maman Colonelle, est en compétition au festival international de films documentaires à Paris, du 24 mars au 2 avril.

Jeune Afrique : Après Congo in Four Acts et Atalaku, vous revenez avec un nouveau documentaire. Pourquoi cette forme ?

Dieudo Hamadi : C’est la plus accessible. Quand vous voulez faire des films en Afrique, sans grande formation, c’est le plus simple : vous sortez la caméra, parfois même à l’épaule, et vous pouvez filmer, sans infrastructure, sans moyen. Cela permet d’apprendre et de progresser rapidement.

Je suis aujourd’hui dans l’action, et ce genre correspond aussi à mon urgence de filmer pour montrer la réalité de la société congolaise. Pendant mes études, j’ai été particulièrement impressionné par le documentaire de Raymond Depardon 10e Chambre. Instants d’audiences, sans commentaires ni voix off. Je me suis dit que c’était le genre de films que je voulais faire.

Compte tenu des moyens dérisoires et des salaires, la plupart des policiers au Congo sont démotivés, mais ils déploient une énergie et une ténacité incroyables pour aider la population

Maman Colonelle est chef au sein de la brigade de lutte contre les violences faites aux femmes. Pourquoi avoir choisi ce personnage ?

J’ai rencontré Honorine Munyole en 2009 à Bukavu, dans le cadre d’un premier tournage, et j’ai trouvé cette personne extraordinaire. Compte tenu des moyens dérisoires et des salaires, la plupart des policiers au Congo sont totalement démotivés. Mais cette colonelle déploie une énergie et une ténacité incroyables pour aider la population. C’est très inspirant. Je voulais montrer qu’il y a des personnes qui essaient de maintenir le pays la tête hors de l’eau, malgré tout.

À l’origine, le projet était de filmer les cours de boxe qu’elle donne aux femmes victimes de violences sexuelles à Bukavu. Mais à cause de sa mutation à Kisangani, cela n’a pas été possible.

Tout le monde veut oublier la guerre de six jours, mais il y a encore des gens qui en souffrent

Vous avez donc choisi d’évoquer la guerre de six jours et les enfants sorciers.

Oui, je n’avais plus d’idée préconçue. J’ai assisté aux audiences au cours desquelles Honorine reçoit des femmes demandant justice pour ce qu’elles ont vécu. Beaucoup d’entre elles venaient à la suite de la guerre de six jours, pendant laquelle elles avaient été violées ou avaient perdu leur mari ou leurs enfants. C’était pourtant il y a plus de quinze ans !

Alors que tout le monde au Congo veut oublier cette guerre, qui a fait plusieurs milliers de morts et de blessés lors de l’affrontement des armées rwandaise et ougandaise, je voulais montrer qu’il y a encore des gens qui en souffrent. C’était une opportunité de remettre ces événements sur la table.

Quant aux enfants sorciers, il s’agit d’un phénomène assez récent dans la société congolaise. Mais, malgré son interdiction, les choses continuent de se pratiquer en secret, provoquant la mise au ban, voire la mort de certains d’entre eux.

MAMAN COLONELLE – Bande annonce VF from Andanafilms on Vimeo.

 

Avez-vous prévu de montrer le film dans le pays ?

J’aimerais bien. Grâce au soutien de certaines ambassades et, notamment, à celui de la France via le réseau des Alliances françaises, j’arrive à montrer mes films un peu partout dans le pays.

Des ONG sont également partenaires, pour les projeter dans les écoles ou les universités. Ce sont des circuits assez permanents pour présenter les films, en dépit du manque de salles de cinéma.

Ce sont les thèmes qui me guident vers le genre, et non l’inverse

Et quels sont vos projets ? Toujours dans le documentaire ?

Pas forcément. Le passé du Congo et certains événements oubliés m’intéressent aussi beaucoup. Je pourrais passer à la fiction, plus adaptée à ces sujets. Ce sont les thèmes qui me guident vers le genre, et non l’inverse.

Pour l’heure, je souhaite me concentrer sur le Congo. J’y suis né, j’y vis, et il a tellement d’histoires à raconter.

 

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