Centrafrique : un an après l’élection de Faustin-Archange Touadéra, où en est la paix ?

Une petite fille réfugiée dans le camp de Mpoko à Bangui pendant les élections présidentielles en février 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Un an après l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra, des pans entiers du territoire échappent encore au contrôle de l’État, et le pays peine à se remettre en marche.

«Nous en avons assez de la guerre. Nous voulons la paix et vivre en harmonie comme jadis », affirme Lydie Nzengou Koumat-Gueret, la directrice de la Télévision centrafricaine, lors d’une rencontre organisée le 16 mars, à Bangui, sur le thème du vivre-ensemble.

Cette paix encore introuvable, la majorité des Centrafricains y aspirent. Le chef de l’État, Faustin-Archange Touadéra, le premier. Rétablir la confiance entre communautés, accélérer le retour des milliers de déplacés et de réfugiés, désarmer les milices, tels sont les chantiers prioritaires auxquels il avait promis de s’atteler lors de son arrivée à la tête du pays, en mars 2016.

Des urgences auxquelles s’ajoutent le redéploiement de l’Administration sur l’ensemble du territoire, la relance de l’économie, la réhabilitation des infrastructures de base ou encore la remise en état des systèmes éducatif et sanitaire… Autant de défis dont la réussite dépend étroitement du retour de la paix et du désarmement des groupes armés.

Le régime contrôle moins de la moitié du pays, au-delà de Sibut commence le far west

Un an après, où en est-on ? La situation sécuritaire reste critique, et des pans entiers du territoire échappent toujours à l’autorité de l’État. « Le régime contrôle moins de la moitié du pays, dont les préfectures situées dans l’Ouest et le Sud-Ouest. Au-delà de Sibut commence le far west », affirme Hypollite, un journaliste radio.

En effet, en dépit des accords de paix signés début 2015, quatorze groupes armés non conventionnels sont toujours actifs. Une partie d’entre eux sont issus de l’ex-Séléka, une coalition de mouvements rebelles créée en septembre 2012 et formée de musulmans.

Pillage, taxes illégales et trafic d’armes

Constituées de Centrafricains et d’étrangers venus des pays voisins (Tchad, Soudan du Sud, Cameroun et RD Congo), ces factions sont très présentes dans les zones minières, où le pillage des gisements de diamant et d’or, les taxes illégales et le trafic d’armes assurent l’essentiel des revenus de leurs chefs.

Les plus importantes sont le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), mené par Noureddine Adam et implanté dans la Vakaga et à Aigbando, au sud de Bria, et l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), dirigée par Ali Daras, qui occupe les préfectures de Ouaka, de la Basse-Kotto, de la Haute-Kotto et une partie de celle de Mbomou – à l’exception de Bangassou, d’où les rebelles ont été chassés par la population.

Le « camp adverse » est, lui, composé d’anti-Balaka, groupes d’autodéfense constitués en réaction aux exactions de la Séléka et composés de chrétiens et d’animistes. Ils sévissent surtout autour de Bambari et de Berbérati, où ils ont fait main basse, eux aussi, sur des mines.

 Ce ne sont pas les projets qui intéressent les chefs de guerre mais les postes ministériels et l’argent

Pour obtenir la reddition de cette constellation de groupes armés, le dialogue et le désarmement volontaire sont privilégiés. Une option qui en déroute plus d’un. « Les chefs de guerre vivent de l’exploitation minière et du prélèvement de taxes en tous genres dans les zones qu’ils occupent. Ils ne vont pas renoncer à cette manne sans contrepartie. Ce ne sont pas les projets qui les intéressent, mais les postes ministériels et l’argent », souligne Bertin Béa, le secrétaire général de la Convergence nationale – Kwa Na Kwa (KNK).

450 000 Centrafricains sont toujours réfugiés dans les pays voisins

Lancé en 2015, le programme DDRR (Désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement) piétine. Et l’essentiel des 450 000 Centrafricains réfugiés dans les pays voisins n’est toujours pas rentré au pays.

Pour venir à bout des rebelles, le régime Touadéra ne peut pas compter sur les Forces armées centrafricaines (Faca), qui n’existent que sur le papier. Pour reconstituer cette armée nationale moribonde, une formation est assurée par l’Union européenne. D’ici à la fin de 2017, deux bataillons (soit 1 500 soldats) doivent être formés – dont le premier en mai. Néanmoins, il faudra des années avant que la Centrafrique dispose de forces de défense dignes de ce nom.

Faute de mieux, la population se tourne donc vers la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (Minusca), forte de quelque 12 000 hommes. Force de combat ou d’interposition ? Le débat est vif, et nombre de Centrafricains souhaiteraient que la Minusca intervienne davantage militairement sur le terrain au lieu de se cantonner à un rôle de dissuasion.

Les cas de malnutrition sévère sont fréquents, et les infrastructures sanitaires et éducatives sont très détériorées

Néanmoins, à Bambari, la Minusca défend âprement la « ligne rouge » que tentent parfois de franchir les rebelles. Elle assure en outre la protection de civils et d’ONG, nombreuses à intervenir dans les zones occupées, où la situation socio-économique est très préoccupante. « Les cas de malnutrition sévère sont fréquents, et les infrastructures sanitaires et éducatives sont très détériorées », témoigne Rodrigue, un médecin local.

Puisque le processus de désarmement est encore virtuel, les Centrafricains fondent notamment leur espoir sur la Cour pénale spéciale, dont les opérations devraient débuter en mai. Un chantier très attendu car « il n’est plus question d’impunité ni d’amnistie », insiste Rodrigue.

Le dialogue intercommunautaire est une autre voie prometteuse pour rétablir la cohésion sociale. Ainsi, les chefs religieux et traditionnels se mobilisent pour sensibiliser les populations aux questions de réconciliation et de citoyenneté.

En novembre 2015, la messe célébrée par le pape François à Bangui avait réuni de nombreux chrétiens, mais aussi des musulmans. Et aujourd’hui, les tables rondes et débats animés par Ndeke Luka, la radio créée par la fondation suisse Hirondelle, sont très écoutés et commentés par les auditeurs. À l’initiative du président Touadéra, un programme national de mise en place de Comités locaux de paix et de réconciliation a par ailleurs été lancé en décembre 2016. En attendant la paix, l’objectif est l’apaisement.


Les premiers chantiers

Une partie du territoire étant occupée par des bandes armées, les premiers projets de reconstruction se cantonnent essentiellement aux zones contrôlées par l’État. Dans le Ouham, la culture du coton redémarre, et l’exportation des diamants a repris dans la zone de Berbérati.

À Bangui, la capitale, les activités se remettent également en marche. Sur le plan législatif, les actions engagées ont permis l’installation de l’Assemblée nationale, du Haut Conseil de la communication ou de la Cour pénale spéciale. Elles ont aussi favorisé la mise en œuvre du processus de décentralisation territoriale, censé déjouer les tentatives de sécession du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et relancer la vie des régions au lendemain des élections municipales, prévues en 2018.

Le système éducatif devrait quant à lui bénéficier d’un projet de « médiathèque numérique décentralisée ». Financé par divers bailleurs, en partenariat avec le ministère de l’Éducation et l’Agence centrafricaine pour la formation professionnelle et l’emploi, ce projet, qui doit démarrer à Bangui, Mbaki et Bouar, vise à équiper neuf centres en tablettes et en liseuses connectées à quelque 20 000 documents, dont des fiches pédagogiques pour les enseignants et le personnel médical.

Côté infrastructures, les efforts des autorités ont porté sur la réfection de la voirie et des bâtiments administratifs et sur la remise en état de cinq turbines à la centrale hydroélectrique de Boali, à une centaine de kilomètres au nord de Bangui. Mais beaucoup reste à faire. Privé de nombreuses ressources budgétaires (notamment les recettes minières et douanières), le gouvernement attend avec impatience que se concrétisent les promesses des bailleurs de fonds, réunis à Bruxelles en octobre 2016.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici