Fermer

Présidentielle en France : Macron l’Africain

par

Mehdi Ba est correspondant à Dakar. Il couvre l'actualité sénégalaise et ouest-africaine (Mauritanie, Gambie, Guinée-Bissau, Mali), et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Suivre cet auteur

Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle française, à Saint Denis, le 30 mars. © Christophe Ena/AP/SIPA

Comment expliquer la miraculeuse ascension de l’ancien ministre de l’Économie ? S’il était né en Casamance ou sur les terres du vaudou, la réponse irait de soi : il a déniché un super-marabout !

«Nous sommes tous africains », rappelait récemment le paléontologue Yves Coppens, qui sait mieux que personne que le continent est le berceau de l’humanité.

À négliger cette évidence, nombre d’analystes politiques français se perdent en conjectures quant aux ressorts de la fulgurante ascension d’un homme politique totalement inconnu il y a seulement cinq ans : Emmanuel Macron. Le phénomène leur apparaîtrait sans doute moins énigmatique s’ils envisageaient la campagne du fondateur d’En Marche ! sous l’angle des traditions africaines.

À quel Subsaharien ferez-vous croire que cet « opni » (objet présidentiable non identifié) ait pu, à 39 ans, se hisser au rang de grand favori de la présidentielle sur la seule base d’un parcours de haut fonctionnaire-banquier jamais élu ? On ne nous la fait pas. Du bois sacré de Casamance aux terres béninoises du vaudou, chacun s’accordera aisément sur cette évidence : Macron a déniché un marabout exceptionnel.

Une campagne « tout-me-sourit »

Chez nous, inutile d’espérer briguer la magistrature suprême sans une protection mystique digne de ce nom. Or, dans ce registre, la campagne « tout-me-sourit » de Macron confine au sublime.

François Hollande, son mentor trahi, a jeté l’éponge au terme de son premier mandat. Benoît Hamon, le candidat désigné par la primaire de la gauche, ressemble à un Titanic dont l’équipage aurait pris d’assaut les canots de sauvetage avant l’apparition du premier iceberg. Quant à François Fillon, l’ex-favori, il se fait quotidiennement – et sans bourse délier – tailler de seyants costards. Mieux aurait valu pour lui se faire offrir des grigris !

Le recours de Macron aux adjuvants mystiques se déduit aussi du pacte qu’il a conclu avec les liseuses de cauris et autres experts divinatoires. Les toubabs appellent ça des « instituts de sondage », mais en Afrique, où lesdits sondages sont presque inexistants, ce sont nos voyant(e)s médiatiques qui font office d’institut BVA : ils prédisent l’issue du scrutin en direct à la télé.

Dès lors que le futur vainqueur a été ainsi désigné, par Dieu ou par le sort, nous avons la sagesse de nous en faire un ami au plus vite.

Transhumance et « mélangisme » idéologique

JA a déjà évoqué le talent avéré de Macron pour coordonner l’improbable transhumance – en français : les « ralliements » – d’espèces politiques que tout oppose autour d’un point d’eau électoral. Sous nos latitudes, les éléphants politiques attendent souvent l’entre-deux tours pour fuir la sèche savane des vaincus et gagner les verts pâturages entourant les palais présidentiels. Mais chez Macron les ralliés n’ont pas la patience d’attendre…

Africain, Macron l’est aussi par son talent à orchestrer le « mélangisme » idéologique. On s’épargnera ici un fastidieux name-dropping. Mais un homme capable de rassembler sous sa bannière un ancien ténor communiste (Robert Hue) et un ultralibéral bon teint (Alain Madelin) aurait assurément sa place sur notre complexe échiquier.

Si nous n’avons naguère eu d’autre choix que d’emprunter les terminologies partisanes chères à de Gaulle, Giscard ou Mitterrand (« républicain », « centriste », « socialiste », etc.), nous n’avons jamais éprouvé pour les théories venues d’ailleurs une passion débordante.

Contenter les ralliés

Chez nous comme chez Macron, pas de chichis ! À l’heure où le tieb, le ndolé ou le tô est servi, tout le monde est invité à s’asseoir autour du même plat. Au lendemain d’une présidentielle, c’est un peu la même chose s’agissant de la composition du futur gouvernement, des investitures pour les législatives ou du partage des tanières douillettes (et lucratives) où il fait si bon pantoufler. « Boy, ici c’est l’Afrique, on a nos réalités ! »

À en croire les oracles, la probabilité est grande que Macron accède demain à l’Élysée à la barre d’une improbable arche de Noé où presque toutes les familles politiques auraient trouvé leur place.

Il lui faudra alors solliciter derechef ses racines africaines supposées pour faire face au suprême défi : contenter les ralliés de la première ou de la vingt-cinquième heure entassés dans son antichambre dans le dessein de solliciter un poste (pour eux-mêmes, leur fille ou leur cousin), un contrat commercial ou une décoration. Macron peut compter sur nous. Nous lui apprendrons l’art délicat de faire asseoir cent solliciteurs là où ne se trouvent que dix sièges.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici