Fermer

Thomas Friedman, les geeks et les vendeurs de vent

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

Suivre cet auteur

Un homme surfe sur Internet dans un cyber-café de Cotonou, au Bénin, le 24 février 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

On le sent, on en parle de manière le plus souvent instinctive, floue, mais on ne le mesure jamais très bien : le monde change.

Le plus remarquable, et le plus inquiétant, c’est la vitesse sans précédent de cette métamorphose. Un véritable ouragan décrit à merveille par Thomas L. Friedman, éditorialiste vedette du New York Times et triple lauréat du prix Pulitzer, dans Merci d’être en retard, son dernier livre, dont je vous recommande vivement la lecture.

Il s’agit du troisième volet d’une saga lancée en 2006 avec La Terre est plate et poursuivie trois ans plus tard avec La Terre perd la boule : trop chaude, trop plate, trop peuplée. Friedman, qui n’a rien d’un geek, révèle les dessous de notre planète hyperconnectée et, surtout, s’interroge sur notre capacité à nous adapter.

Depuis le lancement de l’iPhone d’Apple, l’innovation technologique s’est accélérée de manière vertigineuse.

Depuis le lancement de l’iPhone d’Apple, il y a seulement dix ans, puis l’émergence de Facebook et de Twitter, puis la création par IBM de Watson, premier ordinateur « cognitif » recourant à l’intelligence artificielle, l’innovation technologique s’est accélérée de manière vertigineuse. Grâce, entre autres, à la puissance de calcul des ordinateurs, qui croît de manière exponentielle, et à l’accès à des bases de données en provenance d’internet ou de tout objet connecté.

En 2017, les programmes informatiques sont capables de tout, ou presque : analyser, raisonner, choisir, estimer, prévoir, agir. Le monde jadis fantasmé par Isaac Asimov ou Stanley Kubrick n’est désormais plus très éloigné.

Des vendeurs de vent

Cette révolution technologique dont nous peinons à déceler les conséquences sur nos modes de vie, voire sur l’organisation future de nos sociétés, est absolument sans précédent. Avant, les machines complétaient l’activité humaine. Aujourd’hui, elles s’y substituent.

Trois facteurs également inéluctables renforcent le phénomène : la mondialisation, le changement climatique et l’amélioration de la santé – laquelle se traduit par une baisse du taux de mortalité et une augmentation de la population mondiale.

Principale conséquence, à en croire Friedman : les États les plus fragiles, ceux qui, leur population ayant décuplé, se montreront incapables de la nourrir et de l’employer, sombreront dans la plus grande confusion. Des millions de personnes chercheront à les fuir pour rejoindre des cieux plus cléments.

Les Trump et les Le Pen qui se proposent d’ériger des murs pour les en dissuader ne sont que des vendeurs de vent. Leur absurde volonté d’enfermement sera à la fois contre-productive (l’économie des pays concernés sera encore plus fragilisée) et impossible à contrôler.

Prendre le temps de s’arrêter

Lost in the Cloud ? Perdus dans le nuage numérique et condamnés à subir le monde de demain sans savoir s’il débouchera sur le progrès ou sur le chaos ? Les « futuroptimistes » considèrent que les hommes ont toujours su s’adapter aux grandes mutations. Qu’ils le font même de plus en plus vite. Ils oublient de préciser que le changement – technologique, mais aussi biophysique et sociétal – se met en place à un rythme qui dépasse de beaucoup notre capacité à le supporter.

Quant aux « futurosceptiques », ils versent dans un catastrophisme sans freins ni limites. L’ère des machines et des robots intelligents menace selon eux de provoquer la chute de « l’empire humain ». Entre ces deux extrêmes, des hommes comme Thomas Friedman s’efforcent donc de raison garder.

Quand on appuie sur le bouton pause d’un ordinateur, il s’éteint. Quand on appuie sur celui d’un humain, au contraire, il s’allume.

L’éditorialiste suggère sagement de ne pas tenter de résister aux révolutions en cours, mais de les utiliser pour repenser nos institutions et notre vie en commun. Et de mettre l’accent sur tout ce qui nous distingue des machines : relations humaines, remise à jour permanente de nos compétences et de nos diplômes, etc.

Tout cela semble évident ? Sans doute, mais nous peinons à le mettre en œuvre. La politique de l’autruche a encore de beaux jours devant elle ! Friedman nous conjure donc de prendre le temps de nous arrêter. C’est ce qu’il appelle « se mettre en pause ». « Quand on appuie sur le bouton pause d’un ordinateur, explique-t‑il dans son livre, il s’éteint. Quand on appuie sur celui d’un humain, au contraire, il s’allume et recommence à réfléchir, à penser, à imaginer. » Conclusion ? Plutôt que de subir le pire, il est temps de préparer le meilleur.

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro