Ghana : les jongleries de Nana Akufo-Addo

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Nana Akufo-Addo à Accra, en décembre 2012. © Gabriela Barnuevo/AP/SIPA

En janvier dernier, lors de son investiture, Nana Akufo-Addo, le nouveau président du Ghana, a prononcé un discours dont ses compatriotes et tous les hommes de bonne volonté se souviennent encore.

Non pas parce que ses propos étaient d’une transcendance inédite. Mais simplement à cause de quelques passages du discours empruntés, sans que cela soit signalé, à deux présidents américains : William, dit Bill, Clinton et George Walker Bush. Sauf que, à l’heure d’internet, le plagiat ne pouvait passer inaperçu. Le responsable de la communication présidentielle, confondu, a dû faire son mea culpa dans une tempête d’indignation.

Trois mois plus tard, Nana Akufo-Addo se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique. En cause, cette fois, la configuration de son nouveau gouvernement : 110 ministres. Soit l’équivalent de dix équipes de football ou de deux petits villages, d’une chorale ou de participants au baratin d’un pasteur autoproclamé. C’est la première fois, dit-on, qu’il y a autant de ministres dans un gouvernement ghanéen. Mais quelle différence entre les 110 d’aujourd’hui et les 80 de John Dramani Mahama, le prédécesseur d’Akufo-Addo ?

Quel coût pour l’État ?

Pour sa défense, le président ghanéen affirme que, compte tenu de la déliquescence de l’économie son pays, il lui faut cette équipe éléphantesque pour trouver des solutions. Peut-être. Mais comment va-t‑il faire pour rémunérer tout ce monde au moment où les caisses de l’État sont quasi vides ? Akufo-Addo rétorque que ses ministres ne vont rien coûter au Trésor public.

C’est une logique mathématique qui m’échappe. D’autant que, lorsqu’on dépense plus qu’on ne gagne, l’équation est simple : on s’appauvrit. Ce n’est pas sorcier. Derrière la démarche du numéro un ghanéen, je subodore un clientélisme politique. Et j’ai peur que les Conseils des ministres ne se transforment en pauses sieste et en concerts de ronflements.

Une classe politique frimeuse

Autre chose. La semaine dernière, j’ai croisé un camarade qui m’a parlé de son nouveau cheval de bataille : la renaissance africaine. Face à mon scepticisme, il a jugé bon de me rafraîchir la mémoire : cinq cents ans de traite négrière, la colonisation, le diktat actuel des puissances occidentales… Tout cela empêche l’Afrique de décoller. C’est pourquoi, poursuit mon camarade, le continent doit renaître. Comment ? En dénonçant la mainmise de l’Occident et en formant la jeunesse, qui doit prendre la relève.

Avec les mêmes élites ramollies, la même classe politique frimeuse, la même jeunesse qui, dans sa très grande majorité, n’aspire pas au savoir ? Trêve de radotages !

Quand un enseignant confond négritude et panafricanisme, c’est une catastrophe.

Quand j’étais à l’école secondaire, mes professeurs de français m’avaient enseigné que la négritude est un concept forgé par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Aujourd’hui, l’un de mes neveux, élève de terminale, se référant à ses professeurs, m’apprend que le père de la négritude s’appelle W. E. B. Du Bois !

Quand un enseignant confond négritude et panafricanisme, c’est une catastrophe. L’Américain Du Bois était panafricaniste. D’où l’attachement à sa personne de l’ancien leader ghanéen Kwame Nkrumah. Il a passé les dernières années de sa vie à Accra. Sa maison a été transformée en musée. J’ai eu le privilège d’y faire un pèlerinage.