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Les ambitions contrariées d’Orange en Afrique de l’Ouest

Kiosque d’Orange Money, à Dakar, Sénégal. © Sylvain Cherkaoui/JA

La BCEAO a sommé l’opérateur de mettre fin à ses services de transferts de fonds entre le continent et l’Hexagone.

Après avoir obtenu en mars 2016 trois agréments pour émettre de la monnaie électronique au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, Orange avait étendu ce service à la France un mois plus tard, considérant que l’Hexagone se trouve dans la même zone monétaire, le franc CFA utilisé en Afrique de l’Ouest étant arrimé à l’euro et sa convertibilité garantie par le Trésor français.

Un domaine réservé aux banques

Mal lui en a pris. Fin février, la BCEAO a demandé à l’opérateur de mettre immédiatement un terme à ces opérations intercontinentales. Pour plusieurs raisons. La première est réglementaire : l’institution émettrice des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) estime qu’Orange Money n’est pas autorisé à mener ce type d’opérations, uniquement réservé aux établissements de crédit établis dans la zone et ayant reçu la qualité d’intermédiaire agréé.

En d’autres termes, les transferts de fonds à l’international relèvent exclusivement du domaine des banques. « C’est un problème de lecture et d’interprétation de la réglementation. Nous avons entamé un dialogue avec la BCEAO pour le résoudre rapidement », indique Bruno Mettling, le directeur des opérations du groupe français en Afrique et au Moyen-Orient, interrogé à Genève à l’occasion du Africa CEO Forum.

Aucun contrôle des transferts

L’autre raison de la décision de la BCEAO est liée au contrôle de flux financiers entrant dans la zone. L’institution affirme en effet n’avoir aucune visibilité sur les volumes des transferts transitant par Orange Money. « Pour le seul Sénégal, les transferts annuels de la diaspora atteignent 200 milliards de F CFA (soit 305 millions d’euros). Que se passerait-il si tout ce montant passait par Orange Money ? » s’interroge-t‑on à la banque centrale.

Il faut dire que les craintes liées à l’utilisation du paiement mobile pour le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont de plus en plus grandes. Dans un rapport publié en mars et portant sur la stratégie de contrôle international des narcotrafiquants, le département d’État américain estimait que des services comme Hawala en Somalie et M-Pesa au Kenya restent susceptibles de servir à du blanchiment d’argent.

 

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