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Violences en RD Congo : pour Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, « la forte pluie est passée »

Julien Paluku, le gouverneur du Nord-Kivu. © Ley Uwera pour JA

Le gouverneur de la province du Nord-Kivu estime que la situation sécuritaire s’est améliorée depuis dix ans. Mais reconnaît, aussi, que le combat est loin d’être gagné.

Leader du Bloc uni pour la renaissance et l’émergence du Congo (Burec), créé en janvier 2012, Julien Paluku, 49 ans, est un militant de la première heure de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), la rébellion qui a chassé Mobutu du pouvoir en mai 1997. Natif de Rutshuru, cet ancien administrateur du territoire de Lubero et ex-maire de Butembo puis de Beni a passé près de vingt ans dans l’administration avant de se lancer en politique.

Jeune Afrique : Pourquoi les tensions et l’insécurité persistent-elles dans le Nord-Kivu ?

Julien Paluku : Le Nord-Kivu a été l’épicentre de toutes les guerres qu’a connues la RD Congo depuis vingt ans. La situation est d’autant plus complexe que ces guerres ont toujours une connotation ethnique menant à la formation de milices d’autodéfense au sein des communautés locales. Et quand on vient à bout de l’une d’elles, ses ex-combattants sont mis dans des centres de formation, sans accompagnement. Ce qui les pousse bien souvent à reprendre les armes.

N’est-ce pas la preuve de la faillite de l’État ?

En fait, nous avons longtemps porté une attention particulière à la situation sécuritaire à Beni (extrême nord, NDLR) et à certaines rebellions que nous considérions comme une menace sérieuse contre la République, à l’instar de celles du général déchu Laurent Nkunda ou du M23. Les petits groupes armés ou les FDLR nous préoccupaient moins. Or, ces FDLR ont pris le contrôle de zones entières, d’où la création d’autres milices locales par les populations congolaises martyrisées par ces combattants venus du Rwanda. L’armée, engagée sur d’autres fronts, est intervenue trop tard.

Il y a de nombreuses zones de non droit, gérées par des groupes armés locaux ou étrangers…

Je reconnais qu’il y a encore aujourd’hui des espaces entiers sans armée ni police. Mais il faut comprendre la complexité du Nord-Kivu, un territoire grand comme le Rwanda et le Burundi réunis. S’il faut faire une comparaison des forces, le Rwanda ayant 50 000 soldats, notre province devraient en avoir 100000, soit la totalité des troupes de la RD Congo!

Beaucoup de Kivutiens ne font plus confiance aux hommes politiques et ne croient plus que voter changerait leur sort. Ont-ils tort ?

Il ne faut pas toujours voir le verre à moitié vide. La situation s’est améliorée depuis dix ans. Tous ces petits groupes armés qui sévissent encore ne sont que les gouttelettes qui tombent après les averses. La forte pluie est passée. À Goma, nous comptions quatre à cinq morts par jour. À 17 heures, tout le monde s’empressait de regagner sa maison. C’est désormais du passé. Et nous sommes en train, petit à petit, de pacifier l’intérieur de la province. Aujourd’hui, aucun des six territoires que compte le Nord-Kivu n’est contrôlé entièrement par un groupe armé.

Dites-vous que les tueries à répétition à Beni sont des « gouttelettes » ?

Ces tueries ne sont pas revendiquées mais ce qui se passe à Beni depuis 2007, c’est du jihadisme qui ne dit pas encore son nom. Nous avons capturé des Somaliens, des Kényans, des Tanzaniens, des Rwandais, des Ougandais et des Congolais. Un procès est en cours et la vérité éclatera.

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