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Areva ou la fin du rêve nucléaire

République Tchèque, août 2012. © Lubos Pavlicek/AP/SIPA

Il est bien révolu le temps où le nucléaire avait le vent en poupe, dans les années 2005-2011.

Les analystes les plus enthousiastes avançaient le chiffre mirifique de 30 réacteurs commandés par an. La catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, voilà tout juste six ans, a mis un coup d’arrêt brutal aux ambitions du secteur : abandon de la filière en Allemagne, report sine die de l’appel d’offres sud-africain, ralentissement des calendriers de construction un peu partout dans le monde… Depuis l’accident japonais, il n’y a plus que deux ou trois appels d’offres chaque année, principalement en Inde et en Chine.

Ce sont les mines du Kazakhstan, coûts de production les plus bas, qui tirent leur épingle du jeu

Quant aux rares réacteurs de nouvelle génération qui avaient été commandés en Europe (notamment en Finlande et au Royaume-Uni pour Areva) et aux États-Unis, ils accusent tous des retards au démarrage en raison de problèmes techniques, notamment pour répondre au renforcement des exigences de sécurité des régulateurs du secteur.

L’offre dépasse la demande

En conséquence : les cours de l’uranium sont au plus bas, autour de 23 dollars la livre au mois de février 2017, contre plus de 60 dollars avant 2011. Aux temps de l’euphorie pronucléaire du milieu de la décennie 2000, les industriels – Areva le premier – ont investi massivement pour doper leur capacité de production, ce qui fait qu’aujourd’hui l’offre dépasse la demande.

Dans ce contexte, ce sont les mines du Kazakhstan, premier producteur mondial, aux coûts de production les plus bas – autour de 12 dollars la livre –, qui tirent leur épingle du jeu, notamment face à celles du Niger.


Areva : des ambitions contrariées par un cours volatil de l’uranium

Juin 1999 : Anne Lauvergeon nommée PDG de la Cogema, chargée du cycle de l’uranium pour la filière nucléaire française. Le cours de la livre d’uranium se situe alors à 10,35 dollars.

Septembre 2001 : Création d’Areva qui réunit les anciennes activités de la Cogema, de Framatome (fabrication de réacteurs nucléaires) et de CEA Industrie (recherche à vocation industrielle).

2005 : lancement du « plan Turbo » destiné à doter Areva d’une division mines robuste et à doubler sa capacité de production d’ici 2010.

15 juin 2007 : OPA d’Areva sur Uramin, présent en Centrafrique, en Namibie et en Afrique du Sud, pour un montant de 1,8 milliard d’euros.

2008 : création d’Areva Gabon, chargée de mener des activités d’exploration de gisement d’uranium dans la région de Franceville, proche de ses anciennes mines arrêtées en 1999. Investissement de 835 millions d’euros dans la mine namibienne de Trekkopje, héritée du rachat d’Uramin. Le cours de la livre d’uranium a alors atteint 136 dollars la livre.

26 mars 2009 : signature à Kinshasa d’un accord cadre entre Areva et la RD Congo pour l’exploration et l’exploitation de mines d’uranium dans le pays.

11 mars 2011 : catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima au Japon.

Juin 2011 : départ d’Anne Lauvergeon d’Areva suite au non-renouvellement de son mandat à la direction générale de l’entreprise, elle est remplacée par Luc Oursel.

Décembre 2011 : suspension des activités de Ryst Kuil en Afrique du Sud, héritées d’Uramin.

Septembre 2012 : abandon du projet centrafricain de la mine de Bakouma en Centrafrique, héritée d’Uramin.

Octobre 2012 : suspension des activités à Trekkopje, en Namibie.

20 février 2014 : signalement de la Cour des comptes auprès procureur de la République des faits constatés durant sa mission sur l’affaire du rachat d’Uramin.

Mai 2014 : report sine die du démarrage de l’exploitation du mégagisement d’Imouraren, au Niger.

5 mai 2015 : ouverture de deux informations judiciaires concernant l’affaire Uramin. Le cours de la livre d’uranium est redescendu à 35 dollars.

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