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CAF : comment Ahmad Ahmad a déjoué les pronostics

Ahmad Ahmad, nouveau président de la CAF, à l’annonce de sa victoire, lors de l’assemblée de la CAF à Addis-Abeba, le 16 mars 2017. © STR/AP/SIPA

Personne, ou presque, n’aurait parié sur lui. Mais en militant pour un nouveau mode de gouvernance, le patron de la fédération malgache a remporté une large victoire.

Inconnu du grand public il y a encore trois mois, le Malgache Ahmad Ahmad est devenu jeudi 16 mars le nouveau président de la CAF. Rares sont ceux qui avaient envisagé son sacre. Quelques jours avant le scrutin, difficile de dénicher, parmi les principaux acteurs africains de la galaxie footballistique, un interlocuteur prêt à parier sur sa victoire. « Si Ahmad Ahmad obtient 20 ou 22 voix, ce sera déjà un succès pour lui », nous avait glissé l’un d’eux.

Et pourtant… Déjouant toutes les prédictions, le candidat malgache de 57 ans, présenté comme un improbable challenger, a obtenu 34 suffrages sur 54, laissant loin derrière lui celui qui a régné sur l’institution pendant vingt-neuf ans. « Son élection est forcément une surprise, mais la défaite d’Issa Hayatou n’est pas si surprenante car une forme de lassitude régnait au plus haut sommet de la CAF », analyse l’ex-international camerounais Joseph-Antoine Bell.

Des soutiens discrets

Ex-ministre de la Pêche et actuellement sénateur, Ahmad Ahmad achève son troisième mandat à la tête de la Fédération malgache de football, l’une des plus désargentées d’Afrique. Il s’était déclaré candidat le 13 janvier 2017 à Libreville, profitant de la CAN pour entamer sa campagne de lobbying avant d’entreprendre une longue tournée à travers le continent. Très vite, l’homme a su rallier à sa cause les quatorze fédérations du Conseil des associations de football en Afrique australe (Cosafa), provoquant la colère de Hayatou et de sa garde prétorienne. Puis d’autres fédérations ont affiché publiquement leur préférence pour l’insulaire, comme celles de Djibouti ou du Nigeria.

Issa Hayatou a permis au foot africain de progresser, mais le pouvoir use

Même si le gouvernement d’Abuja a finalement intimé au président de la fédération nationale l’ordre de voter pour le sortant, afin de préserver ses bonnes relations avec le Cameroun – lui aussi engagé dans la lutte contre Boko Haram. En outre, il n’a échappé à personne que Gianni Infantino, le président de la Fifa, voyait d’un bon œil la candidature du Malgache, qu’il a discrètement soutenue.

Contrôle strict des flux d’argent

Le nouveau patron du football africain, qui milite pour une gouvernance renouvelée, a placé au cœur de son programme plusieurs thèmes essentiels à ses yeux, comme il l’avait expliqué à Jeune Afrique avant l’élection. « Il faut donner plus de pouvoir aux fédérations, limiter à trois le nombre de mandats du président de la CAF et rétablir la limite d’âge [70 ans], mais aussi mieux contrôler l’argent versé aux fédérations par la Fifa et réfléchir au format des compétitions comme la CAN et le Chan [championnat d’Afrique des nations]. »

Est-il normal que des sélections déclarent forfait pour des qualifications pour des raisons financières ?

Rabah Saâdane, l’ex-sélectionneur de l’Algérie, estime que cette alternance était nécessaire. « Issa Hayatou a permis au foot africain de progresser, mais le pouvoir use. Le nouveau président devra mettre l’accent sur la formation, notamment celle des jeunes et des entraîneurs. »

Joseph-Antoine Bell souhaite quant à lui que la nouvelle direction de la CAF adopte un mode de fonctionnement plus ouvert : « Il faudra de l’écoute et du dialogue, en plus d’une nouvelle vision. Et aussi faire en sorte que certaines fédérations sortent de l’indigence dans laquelle elles stagnent. Est-il normal que des sélections déclarent ponctuellement forfait pour des qualifications à la CAN ou à la Coupe du monde pour des raisons financières ? »

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