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Sombre tableau du continent

par

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Une famille dans un camp de réfugiés à Kaga-Bandoro, en République centrafricaine, le 16 février 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

L’Afrique est-elle, comme le professent les afro-optimistes, en voie de développement, et donc en passe de « décoller » ? Ou bien est-elle, au contraire et en dépit de certaines apparences, en stagnation, voire en régression ?

En Afrique et chez ceux qui, ailleurs, s’intéressent au sort de ses habitants, on se pose la question sans s’accorder sur la réponse.

J’observe, pour ma part, avec regret et même inquiétude que l’Afrique, dont les pays sont en majorité mal gouvernés, progresse moins vite que les quatre autres continents. Je me demande même si elle progresse réellement.

Un examen attentif et objectif de la situation actuelle du continent fait apparaître plus d’aspects négatifs que de positifs. Je vous soumets le mien, fondé sur des données chiffrées incontestables.

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Les deux premières économies africaines sont le Nigeria et l’Afrique du Sud, dont le PIB (produit intérieur brut) est respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.

Ces deux pays produisent ensemble chaque année près de la moitié (46,7%) de ce que produit l’Afrique subsaharienne et près du tiers (31,9%) de ce que produit l’Afrique tout entière.

Avec ses 184 millions d’habitants, le Nigeria est de très loin le pays africain le plus peuplé. Sa population est deux fois plus nombreuse que celles de l’Éthiopie et de l’Égypte, lesquelles sont, par leur peuplement, deuxième et troisième, mais qui ne comptent que 91 millions d’habitants chacune.

On peut dire qu’un Africain sur six est nigérian !

Le Nigeria, dont l’économie est fondée sur le pétrole, est en régression économique et en difficulté financière ; tandis que l’Afrique du Sud (qui exporte elle aussi les produits de son sous-sol et en vit) affiche une croissance économique annuelle inférieure à sa croissance démographique.

Le premier a un président malade et qui ne dit rien – ni à son peuple ni aux Africains – du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal.

La seconde a un président notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires.

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L’Afrique ne peut que mal se porter dès lors que ses deux premières économies sont en stagnation, voire en régression, et que la gouvernance de ces pays phares est sujette à caution.

Jetons maintenant un regard sur la situation économique et sociale de l’Égypte et de l’Éthiopie.

La première, elle aussi, a une croissance démographique – 50% d’Égyptiens de plus en quinze ans ! – supérieure à sa croissance économique. Quant à la seconde, dont on loue le développement économique de ces dernières années, elle part de si bas que son revenu annuel par habitant est, encore aujourd’hui, inférieur à 1 000 dollars (760 dollars).

L’une et l’autre sont secouées par des mouvements sociaux ou politiques auxquels on ne voit pas d’issue.

Avec 85 millions d’habitants, le Congo est presque aussi peuplé. Il a choisi l’appellation de « République démocratique » et a pour capitale Kinshasa. Les nouvelles qui nous en parviennent ne sont guère réjouissantes.

Ces cinq pays les plus peuplés du continent rassemblent près de 50% des Africains.

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Ils ne sont ni mieux ni moins bien lotis que les autres. Et donnent donc de notre continent une image assez fidèle.

Les quarante-neuf autres pays africains sont dans une situation comparable à celle des cinq les plus peuplés.

L’Afrique est, par ailleurs, le continent le moins électrifié : plus de la moitié de ses habitants – 600 millions de personnes – n’ont pas accès à l’électricité et une partie des autres n’en bénéficient que par intermittence.

Le monde compte 1,2 milliard de personnes qui vivent sans électricité. La moitié d’entre elles se trouvent donc en Afrique.

Si l’on ajoute à ce sombre tableau les dégâts du paludisme, une maladie africaine car éradiquée ou presque partout ailleurs, on mesure le chemin à parcourir pour que l’Afrique soit en voie de développement : 200 millions d’Africains sont atteints de ce mal et, chaque année, près de 400 000 en meurent…

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Est-il besoin de dire que ce sombre tableau me remplit de tristesse ? Mais il fallait le dresser : il correspond, hélas, à la réalité d’aujourd’hui et il me paraît plus utile de voir le verre à moitié vide…

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