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Arts : quand les humains et les animaux ne font qu’un

Chiens, araignées... Des habitués du bestiaire Ballen. © Roger Ballen et Hans Lemmen/Collection privée

Au Musée de la chasse, à Paris, le photographe de Johannesburg Roger Ballen et le dessinateur néerlandais Hans Lemmen dévoilent notre part animale.

Avant même d’atteindre l’exposition, dans un couloir, une petite installation donne le ton. Une dizaine de têtes en plâtre décapitées, celles des artistes, ont été empilées les unes sur les autres. La vision est d’autant plus effrayante qu’à la place de leurs yeux des billes colorées rappellent l’iris d’un chat, d’une grenouille, d’un serpent ou d’un fauve.

Ce mélange des genres, humain et animal, n’étonnera pas ceux qui suivent le travail du photographe sud-africain d’origine américaine Roger Ballen. Le sexagénaire, l’un des artistes les plus cotés du continent africain, l’avoue lui-même : « Les animaux font partie intégrante de mon imagerie photo depuis cinq décennies. Et je trouve toujours aussi fascinant de tenter de comprendre quels sont les liens profonds qui nous unissent à eux. »

Fusions étranges

Le photographe s’est fait connaître en 1994, en dressant un portrait sans fard du monde paysan en Afrique du Sud. Une quinzaine d’années plus tard, pour son projet Asylum of the Birds, il réalise une série photo dans une sorte de taudis de la banlieue de Johannesburg, à mi-chemin entre une ménagerie grouillant de bêtes à plumes et à poils et un repaire de chiffonniers aux murs tagués et crasseux.

Puis le réalisateur est contacté par le groupe électro-rap sud-africain Die Antwoord pour réaliser un de leurs clips, I Fink U Freeky… qui totalise aujourd’hui près de 90 millions de vues sur YouTube. Des rats y grignotent la chanteuse, un serpent s’enroule autour de son comparse, un lion empaillé fait une apparition, mais aussi un lapin, une oie morte, des poules… sans compter les combinaisons étranges : danseurs à trompe d’éléphant, à masque d’oiseau, capuches affublées d’oreilles d’ours.

L’exposition du Musée de la chasse, à Paris, baptisée « Unleashed » (« déchaîné » ou « détaché », comme on le dirait d’un chien à qui l’on a retiré sa laisse) va plus loin dans ce jeu de fusion.

Ici un « conquérant » pathétique au visage simiesque, là un « chasseur de chat » qui a lui-même sa tête dans une sorte de cage en grillage, plus loin un chiot qui semble affublé d’énormes pieds humains… bipèdes et quadrupèdes se superposent et s’entremêlent dans un jeu à la fois grotesque et cauchemardesque.

Pour moi, les humains et les animaux ne font qu’un.

La forme choisie, mélange de photos en noir et blanc et de dessins faussement maladroits, s’appuyant sur des collages et sur la taxidermie, contribue à la noirceur des images qui sont produites. On pense à d’autres artistes familiers des univers monstrueux : Jérôme Bosch ou Francisco de Goya.

Pourtant, pour Roger Ballen, cet univers n’est pas noir, mais cherche simplement à dévoiler « la part d’ombre de l’humanité ». Instinct, pulsions sexuelles ou de mort, en convoquant des animaux, le duo déterre tout ce que la civilisation a patiemment enfoui sans pour autant s’en débarrasser.

Hans Lemmen résume assez bien la tragédie à laquelle répond l’exposition : « Pour moi, les humains et les animaux ne font qu’un […]. Nous sommes des animaux avec un cerveau plus développé […] qui nous confronte à des drames et à des problèmes que les autres animaux ne connaissent pas. »

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