Art contemporain : des créateurs africains exposés aux Galeries Lafayette à Paris

Le Nigérian Lakin Ogunbanwo, exposé boulevard Haussmann, à Paris, mise sur le dépouillement et la couleur. © Lakin Ogunbanwo

Les Galeries Lafayette, grande enseigne parisienne, surfent sur la tendance et s’offrent une exposition, « Africa Now », qui chamboule le magasin.

D’ici quelques jours, après avoir slalomé entre de riches clients chinois et russes à l’affût de la dernière petite et inaccessible robe Chanel, vous découvrirez quelques-uns des artistes les plus prometteurs du continent aux Galeries Lafayette.

La prestigieuse enseigne parisienne s’est ouverte il y a plus de dix ans à l’art contemporain, mais c’est la première fois qu’elle se focalise sur des créateurs africains, portée par l’effet de mode qui secoue la capitale.

Le programme d’« Africa Now », du 27 mars au 25 juin, est alléchant pour peu qu’on ne soit pas défrisé par le catapultage d’œuvres d’art dans un temple de la consommation.

La fête commence à l’extérieur du magasin sur le boulevard Haussmann, avec en vitrine les photographies très léchées de Lakin Ogunbanwo affichées en grand. Le Nigérian, actuellement installé à Lagos, s’appuie – dans une série créée spécialement pour l’occasion – sur les tissus, les objets, les décors urbains de la capitale nigériane.

Au-delà des clichés 

La galerie des Galeries, au 1er étage de l’établissement, propose un accrochage imaginé par l’omniprésente Marie-Ann Yemsi, commissaire des prochaines Rencontres de Bamako et d’Art Paris Art Fair avec l’Afrique à l’honneur. Son ambition ? Dépasser les « clichés colorés d’une Afrique encore largement “exotisée” dans l’inconscient collectif occidental ».

Sans surprise, la scène sud-africaine, particulièrement dynamique, est surreprésentée. On retrouvera par exemple la photographe Lebohang Kganye, qui travaille à Johannesburg et pioche dans ses albums de famille pour créer des collages qui déconstruisent les stéréotypes. Ou encore le travail de Mohau Modisakeng, qui vit entre Johannesburg et Cape Town et s’intéresse, à travers ses films, photographies et performances, aux violences symboliques et physiques liées à la ségrégation et au racisme.

Photographies et performances

Le Marché noir, magasin parisien proposant créations de couturiers et fripes, dirigé par le Togolais Amah Ayivi, semble avoir été invité pour mettre son grain de folie parmi les linéaires. Il proposera des « parades », sortes de grandes performances un peu foutraques invitant féticheurs, discours présidentiels, sapeurs, et chanteurs de gospel !

Parmi la foultitude de créations prévues, la plus attendue reste l’installation imaginée par le plasticien malgache Joël Andrianomearisoa sous la grande (énorme) coupole des Galeries, culminant à 43 mètres de hauteur. « Je me suis notamment interrogé sur le rapport à l’Afrique : que met-on derrière ce terme, pourquoi a-t-on besoin d’en parler ? » questionne l’artiste.

 Chéri, achète-moi l’Afrique s’il te plaît.

Tournant le dos au cliché d’un continent pop bariolé et festif (qu’on retrouve d’ailleurs sur l’affiche acidulée de l’événement), ce natif d’Antananarivo va suspendre des « suites » de 400 tissus noirs d’un à deux mètres de long sous la coupole. À la fois drapeaux, fanions, bannières, ils comporteront de petits textes : récits de voyages, histoires, interpellations parfois provocatrices comme ce « Chéri, achète-moi l’Afrique s’il te plaît ».

« Je ne sais pas si je me définirais comme un artiste africain, ou même malgache, même si j’utilise des matériaux, des techniques de mon pays d’origine, note Joël Andrianomearisoa. Au fond, pour moi, la thématique même de l’Afrique est intéressante si c’est une porte que l’on ouvre sur le monde. »