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Fonds bleu pour la protection du bassin du Congo : Rosalie Matondo aux manettes

Par - Envoyée spéciale à Oyo

Rosalie Matondo, la ministre congolaise de l’Environnement, annonce la tenue d’une nouvelle conférence avant la fin de l’année. © Patrick Robert

Après la COP22, place aux actes. Soutenu par le Maroc, le Fonds bleu pour le bassin du Congo a été lancé à Oyo, dans le fief de Sassou Nguesso.

Une fois n’est pas coutume lorsqu’il s’agit de grands projets panafricains : l’accord de création du Fonds bleu pour le bassin du Congo a été signé le 9 mars, moins de quatre mois après son annonce lors de la COP22, à Marrakech. Portée par Denis Sassou Nguesso avec le soutien de la Fondation Brazzaville – présidée par l’homme d’affaires français Jean-Yves Ollivier, proche du président congolais –, l’initiative avait alors été adoptée par les chefs d’État des douze pays concernés : l’Angola, le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Rwanda, la RD Congo, la Tanzanie, le Tchad et la Zambie.

Inspiré du Fonds vert pour le climat de l’ONU, le Fonds bleu accordera chaque année des subventions – renouvelables – de 100 millions d’euros à des projets visant à préserver les eaux et forêts et à favoriser le développement local et l’économie bleue : amélioration des voies navigables, construction de petits barrages ou de systèmes d’irrigation, essor de la pêche, de la pisciculture, de l’écotourisme…

C’est la course car on veut que les choses se concrétisent rapidement. Mais les enjeux sont énormes

Première illustration de « l’Afrique en action » prônée par Mohammed VI, cette mise en œuvre accélérée tient largement à l’implication du Maroc, notamment à celle de ses experts et de son ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, qui se sont investis dans la mobilisation des gouvernements concernés, de concert avec le chef de la diplomatie congolaise, Jean-Claude Gakosso. Tous étaient présents le 9 mars à Oyo, ville natale du président Sassou Nguesso, au cœur de la forêt tropicale, pour porter ledit Fonds sur les fonts baptismaux de la rivière Alima.

Rosalie Matondo omniprésente

Parmi eux, une maîtresse de cérémonie à la fois discrète et omniprésente s’est doucement imposée : la ministre congolaise de l’Économie forestière, de l’Environnement et du Développement durable. Originaire du Pool, Rosalie Matondo, 53 ans, n’a pas été nommée à cette fonction par hasard. Ingénieure agronome de formation, elle a suivi son cursus en Bulgarie – à l’époque pays frère socialiste –, jusqu’à son doctorat.

Lorsque les troubles éclatent dans son pays, en 1993, des chercheurs français et britanniques qui s’apprêtent à quitter Brazzaville la pressent de rentrer afin d’animer leur laboratoire de culture in vitro, espérant assurer la survie de leur investissement.

En 1994, Rosalie Matondo intègre donc le labo, où elle bichonnera « ses » bébés-éprouvette – des plantes tropicales – jusqu’au retour, l’année suivante, des partenaires du Centre français de recherche agronomique pour le développement (Cirad), qui la recruteront en tant que chercheuse en foresterie. Puis, en 2007, elle se voit confier la direction du service national de reboisement.

Une spécialiste de la reforestation

Quatre ans plus tard, lorsque le président congolais décide de lancer un programme national d’afforestation et de reboisement (Pronar), c’est à elle que sont confiées la rédaction du projet puis sa coordination. Objectif : replanter 1 million d’hectares de forêt d’ici à 2020. De l’avis des forestiers et des experts internationaux, le Pronar est une réussite.

En parallèle, Rosalie Matondo conseillera le chef de l’État sur les questions environnementales jusqu’à son entrée au gouvernement, le 30 avril 2016. « J’aimerais être une digne héritière de Wangari Maathai [écologiste kényane, Prix Nobel de la paix] », dit-elle.

L’étude préalable à la mise en place du Fonds bleu – qui siégera à Brazza – doit être menée en avril. Selon la ministre, l’objectif est d’organiser une nouvelle conférence avant la fin de l’année 2017, où les premiers projets retenus seront présentés. Rosalie Matondo, qui entend battre le fer tant qu’il est chaud, a déjà ficelé quelques dossiers. « C’est la course car on veut que les choses se concrétisent rapidement, précise-t‑elle. Mais c’est passionnant, et les enjeux sont énormes. »

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