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Nigeria : Dan Etete, blanchisseur d’or noir

Plate-forme de stockage offshore de la compagnie Shell au large du Nigeria, au sud-est du pays, le 26 décembre 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Dan Etete, l’ex-ministre nigérian du Pétrole, déjà condamné en France pour blanchiment d’argent, est rattrapé par une affaire de corruption d’une ampleur sans précédent.

À 72 ans, il espérait sans doute une retraite paisible, le temps effaçant ses turpitudes passées. Mais Chief Dauzia Loya Etete – alias Dan Etete –, ancien ministre nigérian du Pétrole entre 1995 et 1998, sous la junte du général Sani Abacha, est rattrapé par son rôle controversé dans la revente d’un important bloc pétrolier, l’OPL 245. Ce permis convoité, dont les réserves sont estimées à quelque 9,3 milliards de barils, a été raflé en 2011 par le pétrolier anglo-néerlandais Shell et son allié italien ENI.

Une enquête judiciaire menée conjointement, depuis deux ans, par les justices italienne et néerlandaise révèle une opération de corruption d’une ampleur sans précédent dans l’histoire du Nigeria. Selon les révélations du journal britannique The Observer et de l’ONG Finance Uncovered, spécialisée dans les questions de transparence financière, Dan Etete en aurait été le chef d’orchestre.

Exilé en France puis poursuivi pour blanchiment d’argent

Originaire de l’État de Bayelsa, dans la région pétrolière et frondeuse du delta du Niger, il y était perçu comme l’un des principaux hommes liges des généraux du Nord au pouvoir dans les années 1980 et 1990. À l’époque, il s’autoproclamait le « pacificateur » de la région. Mais après la chute de la junte et l’élection d’Olusegun Obasanjo en 1999, l’ancien ministre aux lunettes aux verres teintés a connu huit ans d’exil en France.

D’autres suspects, dont l’ancien chef de l’État Goodluck Jonathan, sont sur la sellette

Ce politicien madré rentre au Nigeria en 2006, peu de temps avant l’élection d’Umaru Yar’Adua et de son vice-président et successeur Goodluck Jonathan, un de ses proches, originaire comme lui de Bayelsa. Un retour en partie motivé par une affaire de blanchiment d’argent en France à la suite de l’acquisition d’un château dans le nord-ouest de l’Hexagone, d’un appartement parisien ainsi que d’un hôtel particulier dans la banlieue chic de Neuilly.

Échappant in extremis à une peine de trois ans de prison ferme prononcée en première instance, Dan Etete sera finalement condamné en appel, en 2009, à verser 8 millions d’euros d’amende.

Va-et-vient (très) fructueux

Mais l’affaire du bloc OPL 245, dans laquelle son nom resurgit aujourd’hui, et qui dure depuis 1998, est sans commune mesure avec celle de Paris, et porte sur des montants détournés autrement plus massifs. Alors ministre du Pétrole, Dan Etete avait attribué le fameux permis à une obscure société, Malabu Oil & Gas, pour seulement 2 millions de dollars. Une société dont le principal actionnaire n’était autre que lui-même.

Durant la décennie qui a suivi, le bloc pétrolier ne cessera de changer de mains entre Malabu Oil & Gas, Shell et l’État du Nigeria au gré des alternances politiques. Avec l’arrivée de Goodluck Jonathan au pouvoir, en 2010, des négociations reprennent, aboutissant à la vente du bloc à Shell et ENI en 2011 pour 1,3 milliard de dollars, versés à l’État nigérian. Lequel transférera par la suite 800 millions de dollars à Malabu Oil & Gas.

D’autres suspects ?

Si ENI et Shell affirment avoir seulement conclu une transaction avec les autorités, les investigations révèlent l’existence de tractations suspectes avec Dan Etete, particulièrement choyé par Shell en dépit de sa réputation ternie par sa condamnation parisienne. Ces contacts portent à croire que les compagnies n’ignoraient pas qu’il en serait le principal bénéficiaire.

Malgré ses talents de bateleur, Dan Etete est en délicate posture : hormis la justice occidentale, la Commission nigériane chargée des infractions économiques et financières (EFCC), soutenue par l’actuel président Muhammadu Buhari, suit également l’affaire de près. Et Dan Etete n’est pas le seul sur la sellette : les enquêteurs italiens et nigérians veulent retracer les circuits de l’argent entre Malabu Oil & Gas et d’autres suspects, dont l’ancien chef de l’État Goodluck Jonathan, qui, comme Dan Etete, récuse toute malversation dans cette affaire.

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