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Cameroun : Presstalis désespère de céder sa filiale

Par - à Yaoundé

À Yaoundé, le nombre de kiosques est passé de 83 à 8 en une vingtaine d’années. © Jean Pierre Kepseu/PANAPRESS/MAXPPP

Dans son processus de désengagement de la distribution des journaux et des livres en Afrique, le groupe français peine à trouver un repreneur pour Messapresse.

Une course contre la montre est engagée au Cameroun. Le 31 mars, Messapresse devrait cesser de distribuer les journaux camerounais. Alors que ses deux autres activités – la distribution de la presse étrangère et du livre – sont à l’équilibre, la filiale du français Presstalis, qui en détient 97 %, est en déficit structurel sur ce segment. Ses pertes cumulées sur les trois derniers exercices s’élèvent à plus de 270 millions de F CFA (412 000 euros), et celles de cette année sont estimées à 180 millions.

« Soit nous bénéficions d’une subvention de l’État, soit nous faisons passer la commission perçue sur chaque numéro de 40 %-45 % actuellement à 55 %-60 % de leur prix de vente », affirme Christian Carisey, le directeur de l’international et des affaires institutionnelles du groupe. Cet ultimatum, que des éditeurs locaux prennent pour du chantage, traduit aussi la difficulté du premier distributeur de presse français à se défaire de sa filiale camerounaise depuis deux ans.

Équilibre

Après avoir frôlé la banqueroute, au début de la décennie, Presstalis a retrouvé l’équilibre financier en 2014, au prix d’une restructuration douloureuse qui l’a obligé à se séparer de quelque 1 500 employés. L’un des points essentiels de ce plan de sauvetage porte sur la cession d’actifs étrangers pour financer un effort de relance sur le marché français.

Toutes les options demeurent sur la table. Il appartient au gouvernement de trancher

En Afrique, où le distributeur entend continuer d’exporter des titres étrangers, « il s’agit, explique Christian Carisey, de vendre les filiales du groupe qui, pour des raisons historiques, sont encore actives dans la distribution de presse ». Dans ce processus, qui devait s’achever à la fin de 2016, le groupe a déjà vendu ses succursales gabonaise (Sogapresse) et ivoirienne (Edipresse). Au Sénégal, la cession de l’Agence de distribution de presse (ADP) au groupe Le Soleil est en cours.

Casse-tête

Seul casse-tête, Messapresse, qui ne trouve pas preneur pour le moment en dépit de l’intérêt un temps manifesté par la Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam), entreprise publique détentrice de 3 % des parts de cette filiale. À la fin de 2015, un comité ad hoc au sein du conseil d’administration de la Sopecam prend langue avec Christian Carisey en vue de la reprise de Messapresse.

Les dirigeants de Presstalis fixent la barre à 1,3 milliard de F CFA. « Une offre surévaluée au regard des actifs de l’entreprise de messagerie. En une vingtaine d’années, le nombre de kiosques à Yaoundé est passé de 83 à 8, et la force logistique consacrée à la distribution s’est considérablement rétrécie », réagit un membre du comité ayant requis l’anonymat.

Ledit comité a réalisé une étude sur la possibilité pour la Sopecam de mettre sur pied une entité propre. Rachat de Messapresse pour en faire une direction opérationnelle ou une filiale, création ex nihilo d’une entreprise spécialisée, « toutes les options demeurent sur la table. Il appartient au gouvernement de trancher », souffle notre source. La Fédération des éditeurs de presse du Cameroun (Fedipresse), regroupant les patrons des journaux privés, entend aussi être de la partie.

En attente

Pour l’heure, le groupe français s’impatiente et attend d’éventuels repreneurs. « Je suis même prêt à discuter de la valorisation de cette entreprise », affirme Christian Carisey, qui a toujours dans son escarcelle le tunisien Sotupresse et le marocain Sochepress.

Presstalis (1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2016) continuera d’approvisionner les 86 marchés qu’il alimente déjà, y compris sur le continent, et à importer des publications étrangères vers la France. Son départ des quatre pays africains est toutefois assorti de la signature d’un contrat commercial avec les repreneurs qui doivent poursuivre la lucrative distribution des journaux étrangers et du livre.

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