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Iran : Rohani, l’équilibriste

Principal défi de Hassan Rohani en cas de second mandat : ouvrir et diversifier l’économie, sans toucher aux acquis sociaux. © Vahid Salemi/AP/SIPA

Candidat à sa propre succession en mai prochain, le président devra, s’il veut l’emporter, trouver un juste milieu entre volonté de réforme et recherche de compromis avec les conservateurs modérés.

Les ultraconservateurs iraniens ont resserré les rangs, le 23 février, dans le sud de Téhéran, lors d’une rencontre organisée par le Front populaire des forces de la révolution islamique (Jamna), fondé en 2016. Leur mot d’ordre : tout sauf une réélection de Hassan Rohani. Las ! Trois jours plus tard, le 26, Hossein-Ali Amiri, membre du cabinet du président « centriste », assurait que ce dernier serait candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle du 19 mai.

La partie ne sera pas aisée pour Rohani s’il se lance dans la course

Depuis le début de l’année, les deux camps sont à couteaux tirés. En janvier, un procureur conservateur a demandé à Rohani, au nom de la sécurité nationale, de cesser d’utiliser l’application Telegram, dont il est très friand, « alors que c’est grâce à cet outil que le président maintient le contact avec la population, le gros des médias mainstream étant très conservateurs », explique Fariba Adelkhah, chercheuse à Sciences-Po, à Paris.

À la mi-février, le Guide suprême en personne, Ali Khamenei, plus haute autorité politique et religieuse du pays, s’en est pris au bilan économique du président, lui demandant de faire plus pour améliorer la situation de la population. « La partie ne sera pas aisée pour Rohani s’il se lance dans la course », assure Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Selon ce spécialiste de l’Iran, « si le président a ses chances, les ultraconservateurs tiennent coûte que coûte à l’affaiblir en l’empêchant de franchir certaines lignes jaunes durant un éventuel second mandat ».

Des compromis

Face à cette levée de boucliers des « durs », Rohani doit continuer à se définir comme un centriste capable de faire des compromis, analysent, en substance, les deux chercheurs. Le camp présidentiel s’étant appuyé, avec succès, sur les conservateurs modérés lors des législatives de 2016, c’est vraisemblablement cette stratégie qu’il adoptera pour la présidentielle.

Difficile pour lui, en revanche, de tendre la main aux « progressistes » ou aux « réformateurs ». « Il ne va pas prendre le risque de susciter l’ire de ses adversaires en s’attaquant à des questions liées aux libertés publiques, explique Adelkhah. Il n’abordera pas, par exemple, le dossier des assignations à résidence des militants du mouvement contestataire de 2009, ou encore ceux du port du voile ou de la liberté de la presse. »

Politique libérale

Et les deux chercheurs de souligner que l’ouverture économique de Rohani, visant à favoriser les investissements étrangers, est perçue par certains comme une politique trop libérale, bien que le président n’ait pas procédé à des privatisations massives.

Il pourra être amené à changer son fusil d’épaule si Trump continue de se montrer agressif

Les deux mandats de son prédécesseur, le très populiste Mahmoud Ahmadinejad, avaient été marqués par une politique très volontariste à l’égard des foyers les plus démunis et par le souci de désenclaver les régions marginalisées. « Rohani devra donc se montrer audacieux en trouvant des solutions pour ouvrir et diversifier l’économie, sans toucher aux acquis sociaux », résume Coville.

La menace Trump

Mais la menace ne vient pas seulement de ses opposants intérieurs. L’administration Trump peut, dans une certaine mesure, lui causer du tort, ou l’obliger à infléchir sa politique. En 2013, il avait entamé un dialogue avec l’ennemi américain, « souhaité par une large, très large partie de la classe politique iranienne, y compris par des gens plus conservateurs que lui », rappelle Adelkhah.

Avec à la clé l’accord historique sur le nucléaire signé en 2015 et que le président Donald Trump, particulièrement virulent avec Téhéran, se dit prêt à dénoncer. Si cette attitude belliqueuse se confirmait, cela pourrait conduire Rohani à changer son fusil d’épaule pour ne pas décevoir l’opinion, toutes tendances confondues, qui n’apprécie guère les menaces de Washington.

En attendant, le président ne se prive pas de lancer des piques à ses adversaires. En janvier, il a même dénoncé – sans nommer personne – le laxisme de la justice quand il s’agit d’ouvrir des enquêtes sur des affaires remontant au mandat de son prédécesseur, suscitant la colère du très réactionnaire chef de l’autorité judiciaire, Sadegh Larijani.

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