Négoce en Suisse – Stéphane Graber : « Chez nous, pas d’incertitudes »

Par - Envoyé spécial

Stéphane Graber, secrétaire général de la Geneva Trading and Shipping Association, à Berne, en Suisse, le 17 janvier 2013. © SWISSAID/Flickr

Le secrétaire général du lobby des négociants fait le point sur les réformes en cours dans son secteur.

La Swiss Trading and Shipping Association (STSA) est née en 2014 de la fusion des trois organisations régionales du négoce international du pays. Elle regroupe 185 membres, des traders de matières premières agricoles et énergétiques aux banques, en passant par les opérateurs de la logistique et de la certification. Une première pour ce secteur réputé pour son opacité et sa culture du secret.

Rencontre à Genève, au siège de l’association, avec Stéphane Graber, secrétaire général depuis 2012 de la Geneva Trading and Shipping Association, et de la STSA depuis sa création.

Jeune Afrique : Dans quels dossiers intervient votre association ?

Stéphane Graber : Le projet fondateur de la STSA a été de résoudre les problèmes de ressources humaines et de formation. Lors du supercycle des matières premières, de 2006 à 2012, alors que les sociétés se développaient très vite, elles avaient un vrai besoin de main-d’œuvre formée qu’on ne trouvait pas sur la place de Genève.

Nous nous sommes ensuite occupés de problématiques réglementaires, liées notamment aux attaques de certaines ONG. Ces dossiers ont permis à tout le monde de comprendre l’importance de la concertation. Depuis 2012, nous communiquons davantage, en direction des médias mais aussi du grand public.

Souhaitez-vous mettre fin à une certaine culture du secret chez les négociants ?

Ces derniers n’avaient jusqu’à récemment ni le besoin ni la volonté d’expliquer ce qu’ils faisaient. Ils n’avaient donc pas développé d’expertise ni de capacités pour communiquer – ce qui a pu passer pour une certaine réticence à expliquer leur métier. Et c’est là-dessus que nous travaillons. Notre association a l’avantage de pouvoir parler de façon neutre, pour délivrer une information aussi objective et factuelle que possible.

Entre les États-Unis, le Brexit en Grande-Bretagne, les élections en France, la Suisse est actuellement la moins mauvaise des places financières en Occident

Nous avons déjà relevé le défi de faire collaborer, autour de problématiques communes, les différents acteurs de ce secteur hautement compétitif. C’est une véritable évolution culturelle !

Après la restitution des biens détournés, la levée du secret bancaire et la révision du cadre fiscal, ne sommes-nous pas dans une logique de transparence ?

C’est en effet le mot à la mode. Il sera intéressant de voir ce que les consommateurs vont faire de ces informations, car le trader n’est qu’un intermédiaire entre l’offre du producteur et la demande du consommateur. Des investissements colossaux ont été réalisés pour que certaines filières soient certifiées soutenables ou équitables, mais le marché n’absorbe pas l’offre disponible. Est-ce que les gens accepteront de payer les prix qu’imposent leurs nouveaux modes de consommation ? C’est une autre question.

Est-ce que la révision en cours du cadre fiscal suisse peut remettre en question la position du pays sur le secteur ?

À nous de rassurer les traders à long terme pour qu’ils puissent organiser leurs investissements. Nous bénéficions pour l’instant du fait que l’incertitude est encore plus grande ailleurs. Personne ne sait ce qui va se passer aux États-Unis, en Grande-Bretagne après le Brexit, en France avec les élections. C’est cette insécurité qui renforce notre position et fait que la Suisse est actuellement la moins mauvaise des places financières en Occident.

Comment est-ce que la Suisse s’est retrouvée au cœur du trading international ?

La fiscalité n’est qu’une composante de la conjonction d’éléments ayant permis à ces activités de se développer. Depuis le Moyen Âge, la Suisse est au cœur des échanges intra-européens, et la position commerciale du pays s’est constamment renforcée au cours des siècles. Les principaux acteurs internationaux se sont installés ici par vagues successives, en provenance des États-Unis, puis des pays de l’Est, aujourd’hui de la Chine, et peut-être demain d’Afrique.

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