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Algérie : quand Ahmed Ouyahia était contesté par les siens

Ahmed Ouyahia, premier ministre algérien. © Paul Schemm/AP/SIPA

En 1997, au lendemain d’une opération terroriste particulièrement meurtrière, le patron du RND, alors Premier ministre, s’était fait interpeller par son propre groupe parlementaire.

La séquence ne s’est produite qu’une seule fois en vingt ans de législature pluraliste. Nous sommes le 30 décembre 1997. Des groupes terroristes écument des villages reculés, dans la région de Relizane, dans l’ouest du pays, et massacrent à l’arme blanche plus de mille personnes. Une tuerie sans précédent depuis le début du terrorisme, en 1992.

De par son ampleur et sa barbarie, le massacre soulève une vague d’indignation dans le pays et à l’étranger. À l’Assemblée nationale, les députés interpellent le chef du gouvernement et secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, pour obtenir des explications. Sa réponse ne convainc pas, y compris dans les rangs de son propre parti, qui compte 156 élus.

Débat

Pour la petite histoire, Ouyahia avouera plus tard avoir menti sur le nombre de victimes. « Nous avons caché la vérité, parce qu’on ne mène pas une bataille en sonnant le clairon de la défaite, dira-t-il en 2006. Ceux qui commettaient des massacres collectifs le faisaient pour dresser la communauté internationale contre nous. » Les groupes parlementaires exigent alors l’ouverture d’un débat sur la situation sécuritaire. Embarras du pouvoir.

Comment se fait-il que mon propre parti m’interpelle ?

Un débat ? Cela revient à demander des comptes aux responsables de la lutte antiterroriste, à faire le jeu des ennemis de la nation, à apporter de l’eau au moulin de ceux qui souhaitent une intervention étrangère en Algérie. Bref, l’exécutif ne veut pas en entendre parler. Ouyahia est furieux.

« Comment se fait-il que mon propre parti m’interpelle », peste-t-il. Le président de l’Assemblée, Abdelkader Bensalah, autre ponte du RND, fait pression sur le chef de son groupe parlementaire, Noureddine Bahbouh. « Retirez votre demande, lui enjoint-il. Les autres vous suivront. » L’intéressé refuse. Les pressions et les tractations pour faire avorter l’initiative durent des jours.

Coup de fil

Au bout d’une semaine, le téléphone de Bahbouh sonne en pleine nuit. Au bout du fil, le président, Liamine Zéroual. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » s’enquiert-il. Son interlocuteur explique la requête des élus. Zéroual : « C’est légal ? Votre demande est-elle conforme à la Constitution ? »

De fait, l’interpellation de l’exécutif par le législatif est une prérogative on ne peut plus constitutionnelle. « Est-ce que vous assumez vos responsabilités ? Dans ce cas, faites donc ! » tranche le chef de l’État avant de raccrocher.

Est-ce que vous assumez vos responsabilités ? Dans ce cas, faites donc !

Cinq minutes plus tard, le président de l’Assemblée nationale, celui-là même qui avait multiplié les manœuvres pour saborder l’initiative, appelle le chef du groupe parlementaire du RND pour s’entendre sur les modalités du débat. Confidence d’un ex-chef de la diplomatie algérienne : « Vous n’imaginez pas les retombées positives qu’a eues ce débat démocratique sur notre action diplomatique à l’étranger… »

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