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Présidentielle française : Emmanuel Macron, le dernier rempart

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Marine Le Pen, candidate de l'extrême droite et Emmanuel Macron, candidat du mouvement "En marche", au forum "Re-investissons la France", au Carrousel du Louvre, Paris, le 23 février 2017. © Francois Mori/AP/SIPA

La France aura un nouveau président dans deux mois. Le pays est donc en campagne électorale ; est-il possible d’en dire ce que vous n’avez déjà ni lu ni entendu ? Je pense que oui.

1) La France va sortir enfin d’une longue période où elle a été gouvernée – mal, à mon avis – par les enfants de François Mitterrand et de Jacques Chirac.

Ce système-là est en bout de course ; les Français veulent du neuf.

« Les Républicains », avatar du RPR et de l’UMP, qui se veulent les héritiers du gaullisme, et le Parti socialiste, qui se réclame de Léon Blum, Pierre Mendès France et François Mitterrand, sont tous les deux en lambeaux. Il paraît exclu que leurs candidats respectifs puissent l’emporter.

Les Français éliront le 7 mai celle ou celui qui leur paraîtra « neuf », parce qu’il ne défendra pas un système qu’ils rejettent.

C’est sans précédent depuis le début de la Ve République, en 1958.

2) Ce ne peut être, à mon avis, que Marine Le Pen ou Emmanuel Macron.

Surgi de nulle part, ce dernier est donc le dernier rempart de la France face à l’extrême droite. Sans un rival hors système, Marine Le Pen et son « Front national » peuvent s’emparer du pouvoir, comme l’a fait un Donald Trump aux États-Unis.

Je pense, pour ma part, qu’Emmanuel Macron est un meilleur rempart que ne l’a été, aux États-Unis, Hillary Clinton. Ou, plus exactement, que le programme affiché par Mme Le Pen l’empêchera d’accéder au pouvoir : une nette majorité de Français ne veut pas que la France sorte de l’Europe, ni même de la zone euro.

*

3) Emmanuel Macron dit : « Le peuple veut comprendre. Il guette les gestes et les paroles. La fonction présidentielle réclame de l’esthétique et de la transcendance. Je crois au contrat moral passé avec la nation. Être candidat à la présidence, c’est avoir un regard et un style. Mon regard est tourné vers là où je veux emmener les Français. »

Il n’a pas 40 ans et s’est entouré d’hommes et de femmes de son âge, sauf rares exceptions.

S’il est élu, avec lui accédera au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants : « une autre génération, c’est un autre peuple ».

4) La France a cessé, depuis plus d’un quart de siècle, d’être une puissance « africaine ». Et même avec Emmanuel Macron à sa tête, elle ne pourra pas le redevenir.

Cette évolution est d’ailleurs celle de toutes les anciennes puissances coloniales européennes : Royaume-Uni, Italie, Espagne, Portugal. Elles ont toutes choisi l’Europe ou « le grand large ».

Leurs tentatives de revenir en Afrique sont, à mon avis, vouées à l’échec, car elles n’ont plus ni les hommes, ni l’argent, ni la volonté de s’impliquer dans un continent que leurs jeunes ne connaissent pas.

Paradoxalement, c’est l’Allemagne, sans passé africain digne de ce nom, qui milite le plus intensément pour que l’Europe s’occupe vraiment de l’Afrique et s’y investisse davantage.

Sa chancelière, Angela Merkel, y multiplie les voyages et ne cesse de parler d’un « plan Marshall » européen en sa faveur.

*

Si, en mai prochain, les Français élisent Emmanuel Macron, si, en septembre, les Allemands renouvellent son bail à Angela Merkel, si se reconstitue le tandem France-Allemagne et s’ils trouvent un partenaire africain, on peut espérer voir naître et grandir une complémentarité entre les deux continents.

Vous le voyez : il y a beaucoup de « si ».


« UNE GRANDE AVENTURE… »

Dictateur, dictature, régime dictatorial. Nous savons tous ce que cela signifie. Les Africains en particulier, qui en ont vu à l’œuvre et les ont souvent subis. Certains sont même encore sous leur joug.

Depuis la fin des régimes fascistes, nazi ou communistes, à quelques rares exceptions près, les pays développés sont entrés dans une ère postdictature : leurs peuples n’acceptent pas et ne supporteraient plus de vivre sous un régime de type autoritaire.

Un Donald Trump voudrait bien pouvoir gouverner les États-Unis en dictateur : il en a toutes les caractéristiques. Mais il est exclu qu’il y parvienne.

Un dictateur ne peut s’imposer que s’il est accepté…

*

Les plus âgés d’entre nous se souviennent que des Français ont craint que Charles de Gaulle ne se transforme en dictateur une fois arrivé au sommet de l’État. En 1958, à la veille de son retour au pouvoir, il a balayé cette crainte d’une phrase devenue célèbre :

« Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? »

Il aurait pu la commencer en 1944, à l’âge de 53 ans, lorsque, fort d’un soutien national quasi unanime, il avait remplacé le maréchal Pétain, déconsidéré.

Mais il préféra, au contraire, démissionner de ses fonctions en 1946, et le fit une deuxième fois en 1969 lorsqu’il sentit qu’il n’avait plus le soutien de 50 % des Français.

Son principal argument contre la dictature, c’est qu’elle tourne (presque) toujours mal, car un dictateur ne sait ni partir ni ne pas aller trop loin.

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Dans un livre qui vient de paraître*, j’ai trouvé, sous la plume du Général, sa définition de la dictature.

Je vous la soumets parce qu’il y explique pourquoi il s’est toujours gardé de s’engager dans ce qu’il appelle « une grande aventure ».

Admirez comment chaque mot est pesé :

« Qu’est la dictature, sinon une grande aventure ? Sans doute, ses débuts semblent avantageux. Au milieu de l’enthousiasme des uns et de la résignation des autres, dans la rigueur de l’ordre qu’elle impose, à la faveur d’un décor éclatant et d’une propagande à sens unique, elle prend d’abord un tour de dynamisme qui fait contraste avec l’anarchie qui l’avait précédée.

Mais c’est le destin de la dictature d’exagérer ses entreprises. À mesure que se fait jour parmi les citoyens l’impatience des contraintes et la nostalgie de la liberté, il lui faut à tout prix leur offrir en compensation des réussites sans cesse plus étendues. La nation devient une machine à laquelle le maître impose une accélération effrénée. Qu’il s’agisse des desseins intérieurs ou extérieurs, les buts, les risques, les efforts dépassent peu à peu toute mesure. À chaque pas se dressent, au-dehors et au-dedans, des obstacles multipliés. À la fin, le ressort se brise. L’édifice grandiose s’écroule [en 1815, en 1870] dans le malheur et dans le sang. La nation se retrouve rompue, plus bas qu’elle n’était avant que l’aventure commençât. »

* Napoléon et De Gaulle, deux héros français, de Patrice Gueniffey (éd. Perrin)

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