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Tunisie : pourquoi Khalil Ghariani a démissionné du poste de ministre de la Fonction publique au bout de cinq jours

Khalil Ghariani, membre du bureau exécutif de la centrale patronale Utica. © Capture d'écran YouTube/Mosaique FM

Cinq jours après avoir été appelé à siéger au sein du gouvernement tunisien, ce membre du syndicat patronal Utica a préféré renoncer.

Nommé le 25 février ministre de la Fonction publique et de la Gouvernance, Khalil Ghariani a préféré jeter l’éponge, le 2 mars, « afin de préserver l’action du gouvernement et les équilibres séculaires et profonds qui existent entre le patronat et l’Union générale tunisienne du travail [UGTT] ». Cette décision survient à la suite du bras de fer engagé par la centrale syndicale avec l’exécutif, réclamant notamment le départ du ministre de l’Éducation, Néji Jalloul.

En procédant à un remaniement partiel, alors qu’une refonte plus importante du gouvernement était attendue, le patron de la Kasbah, Youssef Chahed, aurait joué patronat contre syndicat pour mettre le holà aux surenchères de l’UGTT. Il a ainsi écarté Abid Briki, ancien dirigeant de la centrale, pour le remplacer par Khalil Ghariani, chef d’entreprise et membre du bureau exécutif de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica).

Un libéral à la fonction publique ?

Cette tentative de rétablir l’autorité du gouvernement a donc tourné court. Pourtant, Ghariani, 54 ans, est un homme apprécié de l’UGTT, avec laquelle, en tant que président de la commission des affaires sociales de l’Utica, il a mené des négociations et résolu divers conflits sociaux depuis 2011. Au point que certains patrons lui ont reproché d’avoir été parfois trop conciliant avec les syndicalistes.

Cela n’a pas empêché l’UGTT, dont la majorité des adhérents sont des fonctionnaires, d’estimer qu’un « adepte de l’économie libérale » à la Fonction publique est contraire à la feuille de route de Carthage, qu’elle considère comme un programme social sur lequel s’est engagé le gouvernement. Et dénonce depuis, dans des manifestations qui agitent le pays, « le gouvernement du FMI ». Mais le retrait de Ghariani fait aussi les affaires de l’Utica, qui se sentait prise en otage dans un différend dans lequel elle n’avait pas de part.