Guinée : Siaka Barry, un ministre de la Culture qui fait parler de lui

Siaka Barry, ministre de la Culture, des Sports et du Patrimoine historique, à Conakry en janvier 2017. © Youri Lenquette/JA

Dynamique, accessible et populaire selon les uns. Démagogue et pas assez impliqué selon les autres. En tout cas, le ministre de la Culture et des Sports, Siaka Barry, fait parler de lui.

Élancé, élégant, le sourire charmeur, la petite quarantaine… Douze mois après son entrée au gouvernement, le ministre de la Culture, des Sports et du Patrimoine historique a commencé l’année en recevant le prix du Meilleur Ministre lors des Rétrospective People Awards de la Radio télévision guinéenne (RTG) et celui de Ministre de l’année 2016, décerné par l’Institut guinéen de sondage d’opinion (Igso), à la mi-janvier.

« Comme beaucoup de Guinéens, je viens du ghetto, je ne l’ai pas oublié, et je dédie mon prix à la jeunesse de mon pays », a lancé le quadra à la foule mondaine conviée pour l’occasion au Palm Camayenne, après avoir pris soin de remercier son équipe.

Mon père était marabout, j’ai grandi dans un petit village, dans une fratrie de vingt enfants

À l’écoute de la jeunesse

Ministre démagogue ? Diawo Diallo, son attaché de communication, un geek de 26 ans spécialiste des réseaux sociaux, dément. « Pas du tout. Il est très accessible. Je l’ai connu sur Facebook en lui donnant de petits conseils, notamment de discrétion, même si j’aimais bien son franc-parler. Et il a apprécié. J’habitais à Abidjan, je n’avais plus de travail. Il m’a proposé de venir à Conakry pour m’occuper de sa com. » Siaka Barry (41 ans) est en adéquation avec les jeunes générations. Il admire Thomas Sankara, aime le reggae, adore passer du temps au « grin » à discuter avec les gamins des quartiers populaires…

Mettre en avant les talents guinéens

Ministre porte-bonheur ? Même si ce n’est pas forcément dû à son action, ces derniers mois, les jeunes artistes et intellectuels guinéens se sont fait remarquer. À la fin de septembre 2016, Hakim Bah, écrivain de 29 ans, a remporté la troisième édition du prix RFI Théâtre avec sa pièce Convulsions. En novembre, le chanteur Soul Bang’s, 24 ans  a remporté le prix Découvertes RFI, tandis qu’un autre Guinéen, Kandia Kora, 27 ans, est arrivé troisième.

Enfin, à la mi-décembre, la première saison de l’émission de télévision panafricaine L’Afrique a un incroyable talent s’est conclue par la victoire des Frères Sylla, un duo d’acrobates guinéens. « Guinée is back! se réjouit Siaka Barry. Je veux rendre la culture au peuple [célèbre phrase d’Alpha Condé], comme au début de l’ère Sékou Touré, avant les purges, lorsque nos artistes faisaient des tournées dans le monde entier. »

Critiqué pour son manque de rigueur 

Pourtant, les critiques fusent. « Il aime plus le football que les livres », raille un diplomate qui l’accuse de ne pas s’occuper suffisamment de l’événement Conakry Capitale mondiale du livre 2017. Mêmes grincements de dents chez certains animateurs culturels lorsque l’on déplore son absence lors d’une représentation. « On essaye de me coller une fausse image. C’est vrai, je ne suis pas issu du sérail. Mon père était marabout, j’ai grandi dans un petit village près de Kankan, dans une fratrie de vingt enfants, on mangeait à peine un repas par jour. En plus, je suis un grand sportif… » rétorque le ministre – qui a d’ailleurs relancé le Tour cycliste de Guinée.

Je veux redonner aux jeunes le goût de lire, pour qu’ils puissent se forger une opinion. C’est ça, la démocratie

Il n’en est pas moins titulaire d’un DEA en économie du développement, obtenu à l’Université catholique de Louvain (UCL), en Belgique, et était par ailleurs coordinateur national du Programme sectoriel de l’éducation (PSE) de septembre 2011 jusqu’à sa nomination au gouvernement, en janvier 2016. Il se murmure que le président Alpha Condé croit en lui.

Agir contre la fuite des artistes et des sportifs

« Je suis né un 14 juillet. Je suis pétri des grands principes de la Révolution française ; mon livre préféré, c’est Les Misérables, poursuit Siaka Barry. Pour moi, la liberté et l’égalité entre les hommes passent avant tout. Je veux redonner aux jeunes le goût de lire, pour qu’ils aient les moyens de se forger une opinion. C’est ça, la démocratie. »

Son objectif, aux sports comme à la culture, c’est de dénicher de nouveaux talents et de les soutenir (en développant des partenariats dans les écoles, en créant des centres pour les arts, la culture, en rénovant des stades…) pour éviter qu’ils ne s’en aillent en Europe.

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