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Guinée : Alpha Condé, à l’assaut du mont Nimba

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Alpha Condé, le président guinéen, au 42e Forum économique mondial, à Davos, en Suisse, le 26 janvier 2012. © Jean-Christophe Bott/AP/SIPA

Alpha Condé appartient à une espèce en voie de disparition : celle des panafricanistes dont le parcours ravive la mémoire des combats fondateurs contre le colonialisme, l’apartheid et les partis uniques ; celle aussi des militants qui ont payé d’un passage par la case prison le droit d’être démocratiquement élus, puis réélus, à la tête de leur pays.

C’est cette double et rare légitimité qui lui a permis d’accéder, en cette année 2017, à ce qu’il a sans doute vécu comme une consécration personnelle : la présidence en exercice de l’Union africaine.

Chacun a pu remarquer, lors du sommet d’Addis-Abeba, en janvier, ce que le retour historique du Maroc au sein des instances panafricaines devait à la personnalité hors normes d’Alpha Condé. Son passé tiers-mondiste et anti-impérialiste lui a permis de parler avec autorité aux camarades algériens, sud-africains ou angolais et de forcer le front du refus hostile à la réintégration sans conditions du royaume au sein de la famille africaine.

Lui seul, sans doute, était en mesure d’imposer ce compromis, aussi complexe à réaliser que les motions de synthèse des assemblées générales de la défunte Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf), dont il fut l’un des leaders.

À l’UA, il est attendu d’urgence sur plusieurs dossiers : Libye, Soudan du Sud, RD Congo, Cour pénale internationale, réforme de l’UA, crise migratoire…

Moment d’euphorie éphémère, toutefois. Celui qui est parvenu à obtenir le départ sans dommages collatéraux du dictateur gambien Yahya Jammeh est attendu d’urgence sur d’autres dossiers, autrement complexes : Libye, Soudan du Sud, RD Congo, Cour pénale internationale, réforme de l’UA, crise migratoire… L’homme pressé de Conakry se doit aussi de faire entendre la voix de l’Afrique dans un monde où les rapports de force sont en pleine recomposition. Autant dire qu’il ne chômera pas.

Le problème est qu’Alpha Condé va devoir cumuler cet emploi à temps plein avec un autre, tout aussi absorbant. Arrivé au pouvoir fin 2010, sur un champ de ruines, après un demi-siècle de gouvernance obscurantiste tour à tour répressive, meurtrière, rapace et erratique sans que jamais ceux qui en bénéficièrent (militaires comme civils) ne soient amenés à rendre des comptes, le président guinéen est loin d’avoir fini le job. Comme le démontre l’inquiétante crise du système éducatif, les attentes de ses compatriotes demeurent extrêmement fortes, et ces derniers ne comprendraient pas qu’elles soient mises sous l’éteignoir au profit d’un agenda panafricain certes noble, mais qui ne se « mange » pas au sens trivial du terme.

Il faudra que le camarade Alpha se dédouble.

En somme, il faudra que le camarade Alpha se dédouble, ou alors ait un pied sur le toit de l’Afrique et l’autre dans la glaise du marigot guinéen, sans que ce grand écart permanent le conduise au burn-out physique et politique. On le sait, lui qui continue à 78 ans d’épuiser son entourage, aussi inusable que le lapin Duracell.

Surtout, ses proches affirment qu’il s’est désormais résolu à déléguer une bonne partie des tâches qui envahissaient son quotidien de chef d’État de tout et de partout. Pour affronter un défi de la hauteur du mont Nimba, mieux vaut, il est vrai, s’alléger.

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