En Guinée, les candidats indépendants pas découragés par le report des élections locales

Cellou Dalein Diallo, du parti d'opposition UFDG, lors des élections présidentielles, le 11 octobre 2015. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Les locales ont été reportées. Mais, déjà, la candidature de personnalités de la société civile et d’ex-militants du RPG ou de l’UFDG à la tête de listes indépendantes change la donne.

L’accord politique du 12 octobre 2016 entre pouvoir et opposition prévoyait que les élections communales et communautaires (non tenues depuis 2005) seraient organisées en février 2017. Fin janvier, le scrutin a été reporté sine die, les délais d’organisation étant trop courts. De plus, le projet de loi relatif aux scrutins communautaires (élection directe des chefs de quartier et de district au prorata des résultats obtenus par chaque candidat) doit être examiné par le Parlement.

Ce report ne semble cependant pas avoir démotivé les candidats déjà déclarés, parmi lesquels de nombreux indépendants, qui trouvent en ces élections de proximité l’unique occasion de briguer un mandat électif et de tenter de « faire bouger les choses ». Les élections communales et communautaires sont en effet l’unique scrutin ouvert à des candidatures indépendantes en Guinée.

Des candidats jeunes et novices

Ces candidats sans étiquette sont jeunes pour la plupart. Ils n’ont jamais milité au sein d’un parti ou ont quitté leur formation politique d’origine. Ils prétendent incarner le changement et disent vouloir bousculer une vie politique dominée par le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), le parti au pouvoir, et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

Ils ont l’atout de la nouveauté. Et un défi à relever, celui de dépasser les clivages d’une société bipartisane et ethnicisée en élaborant un programme de développement local qui fédère leurs concitoyens. La mission est difficile, mais pas impossible. Et ces « listes citoyennes » en cours de constitution semblent avoir pris une longueur d’avance sur celles des grands partis.

Déjà, la bataille des locales s’annonce serrée dans deux communes de Conakry, Matoto et Ratoma. À Matoto, où le RPG est sorti victorieux de tous les scrutins ces dernières années, la mairie est notamment convoitée par trois trentenaires connus. Domani Doré, ancienne ministre des Sports (2014-2015), transfuge du RPG – où elle était membre de la cellule de communication –, entend y défendre la cause des femmes.

Le reggaeman Élie Kamano veut y incarner la jeunesse et répondre à ses aspirations. Le journaliste Abdourahmane Diallo compte lui aussi y conduire une liste indépendante, « non pas pour défier les partis politiques, dit-il, mais pour leur opposer un débat constructif. Les citoyens veulent être dirigés par des personnes proches d’eux ».

Les indépendants en campagne

À Ratoma, l’UFDG devra batailler ferme pour conserver la suprématie dans son fief historique. Elle va s’y confronter aux Nouvelles Forces démocratiques (NFD), son ex-allié des législatives 2013 et de la présidentielle 2015. L’option de constituer des listes séparées est née de la décision de Cellou Dalein Diallo de ne vouloir « remorquer » aucun parti lors des communales. Après en avoir pris acte, le leader des NFD, Mouctar Diallo (élu député sur la liste de l’UFDG en 2013) a donc annoncé sa candidature à la mairie de Ratoma.

D’autres anciens alliés prennent aussi position, comme Mamadou Barry, ex-attaché de presse de Cellou Dalein Diallo, proche de l’ancien vice-président de l’UFDG, Bah Oury, et exclu comme lui du parti en 2016, qui a décidé de conduire une liste indépendante. Ce que comptent faire également des personnalités de la société civile, parmi lesquelles Alpha Bacar Barry, le dynamique patron de l’institut de microfinance Jatropha, ou encore le célèbre rappeur Djanii Alfa (Alpha Midiaou Bah, de son vrai nom).

Dans les municipalités de l’intérieur du pays aussi, les indépendants sont déjà en campagne. L’animateur radio Séné Diallo compte se présenter dans sa ville natale, à Fria (160 km au nord de Conakry). À Pita, dans le Fouta-Djalon, la liste de Bah Thierno Amadou, 33 ans, fondateur de la radio privée BTA FM (Labé) et président du Soya Star, le club de football de la ville, pourrait donner du fil à retordre à celle de l’UFDG.

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